l’autre siècle

calligraphie

 

Les tout petits d’aujourd’hui n’apprennent plus à dessiner les anglaises.

Ça m’est revenu devant les manuscrits de Monsieur Henri,

il savait lui, et ça m’a fait drôle.

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– Quoi ?

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– Passent tout de suite des minuscules aux capitales d’imprimerie…

C’est triste, je sais… mais regarde plutôt ce joli moulin, au lieu de te faire du mal

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– Tu ne vas pas me dire qu’ils ne savent plus faire le L…

(geste démesuré de l’index dans le vide à hauteur de  visage)

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et les boucles du H, tu te souviens, ce délire ?

Il fallait faire comme ça, et puis comme ça…

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Le mot est lâché, tout était bouclé, chantourné, précieux.

Finito.

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Nous rions pour masquer notre désarroi.

un quoi ?

 

Camille vient d’ouvrir une fenêtre qui n’est pas près de se refermer.

Il rutile de tout son être, lui. Il rutile sans autre option que de rutiler. Il rutile, inutile en sous-sol ou en altitude. Il se mesure au briquet, c’est à qui sera le plus rouge. Il rutile mon rubicond au lieu de faire des photos comme tout le monde alentour. Parfois, il sonne.

Chez les adolescents, me confie Camille, mon bon vieux rutilant à clapet s’appelle un téléphone de dealer.

 

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santé, Souley

 

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(virgule)

il était passé à la maison avec un disque. On l’avait mis et il m’avait demandé, inquiet, C’est bien, non ? C’était L’éclaircie. Toujours un peu de mal aujourd’hui avec la batterie des années 80 mais à chaque fois que j’écoute cette chanson, je revois l’air incertain de Souley puis son sourire apaisé quand j’acquiesce.

À l’époque, C’est vrai, l’hiver dure trop longtemps faisait sens. Devenu caduc depuis. Reste en revanche avéré for ever and a day,

Sans toi toutes les couleurs se fanent en une fine pellicule de poussière un peu sale

 

à la mer

 

De temps en temps, on passait la frontière. On allait à la mer. Debout, les pieds dans l’eau, je pioche dans un cornet de frites brûlantes. Je ne vois pas très bien ce qu’il peut y avoir de meilleur sur terre, en fin d’après-midi. Je suis avec Nounou et on est quelque part, en Belgique.

Le capital sympathie des papillons, extrait

~

Nounou vit aujourd’hui à Coutances, dans un ehpad où comment dire, ils font ce qu’ils peuvent. Je vais la voir de temps en temps. Y retourne aujourd’hui. À chaque fois, Nounou me dit, les yeux dans les yeux, « C’est ma dernière demeure ».

Friedrich

 

Comment s’appelait cette fille sublime aux cheveux platine. Le ténébreux de la classe m’avait demandé à la rentrée, on ne connaissait pas encore bien nos noms, Tu sais où elle est… la fille aux cheveux d’argent, presque blancs, tu vois ?

Premier cours de philo, on apprend que Nietzsche n’est pas au programme. C’est pas grave, dit-elle, Nietzsche, c’est pas trop un philosophe… Sans argumenter sans rien, elle achève dans une pantomime de mépris absolu, moue descendante, yeux au ciel et voix moribonde, À peine un écrivain…

Tu es belle et tu as le droit de dire n’importe quoi. Vraiment n’importe quoi.

 

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À cet instant, précisément, pour moi, ta beauté s’envola.

épiphanie

 

Le peu de jardinage que je sais, je le dois à Frances. Dans son jardin de l’arrière-pays niçois, je touchai pour la première fois à un râteau de jardinage. Je commençai à ratisser sous le soleil et très vite, devinai sous les dents de l’instrument des légumes qui ne demandaient qu’à sortir à ciel ouvert. Je m’attendais à des carottes, des navets. Ce furent des pommes de terre. Et c’est exactement à ce moment-là, et non avant, que je compris POURQUOI on disait : “pomme de terre”. J’avais 28 ans. L’autre siècle, le vrai.