l’autre siècle

1999

Retrouvé ces jours-ci par hasard s’il existe ce poème paru dans le magazine franco-japonais « Les Voix ». C’était en 1999. Tu le crois ?

IL

Il m’a appris la chose la plus simple du monde, la plus universellement connue sauf de moi, la plus rassurante aussi, que rien ne peut rivaliser avec la lumière du soleil, rien

Il m’a appris toute chose élémentaire

que le premier mouvement qu’on fait pour marcher n’est pas de lever le pied mais de se pencher en avant

que tout ce que je dis pourra être retenu contre moi

Il m’a appris câlin – câlinou – câlin – câlinou – câlinou – câlinette (bis) avec la voix qui monte à la fin

Il m’a appris que le plus beau livre s’appelle Quand les courges étaient en fleur

et que Pasternak, c’est pas mal non plus

Il m’a appris le quartier des Batignolles avant Barbara

Il m’a appris The Clash

Il m’a appris que j’étais une petite-bourgeoise parce que ça alors vraiment je savais pas. Je buvais du vin, je savais pas

Il m’a appris les dunes de la Somme

Il m’a appris que les Beaux-Arts, c’est pas le top

Il m’a appris que j’avais souvent l’air étonné

Il m’a appris après 10 ans de séparation que c’était pas grave, qu’on pourrait peut-être avoir un enfant

qu’il y a des gens qui ne changent pas

que la marche, c’est un bon moyen de lutter

Il m’a appris qu’il trouvait de temps en temps des tickets de métro (neufs) par terre

Il m’a appris qu’il pouvait vivre avec 10 francs par jour

Il m’a appris sa fontaine préférée

Il m’a appris la fragilité du martinet, qui meurt si on l’encage.

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Et je n’ai pas la moindre photo de Mitja. Tu le crois ?

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laudanum

En compagnie d’En compagnie d’Antonin Artaud. Tu ignorais jusqu’au nom de Jacques Prevel avant de découvrir le film de Gérard Mordillat avec Sami Frey et Marc Barbé. Et l’exquisite Julie Jézéquel en compagnie de qui, au siècle dernier, tu prenais des cours de théâtre quai d’Anjou, l’espace d’une saison – préférant infiniment regarder les autres jouer leur scène plutôt que de passer la tienne.

Monsieur Prevel, il faut que je vous apprenne un secret. Ce qui fait que l’on meurt, c’est que depuis l’enfance on croit à la mort. On se voit entre quatre planches dans un cercueil, c’est cela qui vous fait mourir, mais si vous vous refusez à cette idée, vous ne mourrez jamais. Moi, je ne mourrai jamais.

En voilà un qui ne freinait pas sur le laudanum.

Madoka

 

Au Japon, je me surprends à penser au Japon. Ce n’est pas toujours merveilleux. Je me rappelle Madoka, à Onohara, disant de son mari qui travaillait à la télé, Il m’a déçue. En France, nous sortions toujours ensemble mais depuis que nous sommes revenus ici, c’est terminé. Parfois, il ne rentre pas du tout. Le soir, s’il n’y a qu’un seul plat pour le dîner, les enfants ont compris : « Tiens, papa ne mange pas avec nous ce soir ».

 

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make a wish

 

C’est pour demain. Je sais ce que je vais faire. Demain, je montrerai ma photo noir et blanc à Élise et lui dirai, Voilà Élise, je voudrais être comme ça.

Je la connais bien Élise et ses doigts de fée. J’aurai bel et bien de telles tresses. Quant au reste, comment dire, elle n’est pas magicienne, Élise.

 

princess

secret intelligence service

 

Quelle intelligence le Musée de l’Armée recrute-t-il pour sa campagne actuelle ? « Venez même le jour de la sainte Hélène » ; «Venez voir des armures qui ont de la gueule » ; « Venez voir l’époque où Londres était la capitale de la France »… Ça me replonge derechef chez Darrin (alias Jean-Pierre) Stephens dont la profession était de trouver des slogans pour un stylo, une marque de soupe, une bouillie… au grand dam d’Endora qui le trouvait résolument indigent, borné, mortel.

Je crois que j’aurais adoré faire ça.

 

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Philippe de Macédoine

 

Les études m’ennuient peut-être un petit peu. Et si je reprenais le théâtre. Aux cours de la rue Henri-Monnier, je croise un Philippe beau comme un désastre que je renomme derechef Philippe de Macédoine. Le professeur nous conseille d’assister à l’atelier cascades, ça doit savoir tout faire un acteur. Je suis pas une actrice et ai une préférence pour les claquettes mais Macédoine y va. À la première roulade, mon crâne fait un bruit sec sur le plancher. Un certain nombre de chandelles plus tard, Macédoine est près de moi, T’es folle ? Ça va ? T’es pas KO ? – Si, de toi, depuis le premier jour, ne lui dis-je pas.

 

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Un béguin, quoi !

Quelques semaines plus tard, une confidente s’enquiert. Alors, Macédoine ?  – Oh, c’est de l’histoire ancienne, tu sais.