Mois: septembre 2015

comment c’était

 

844 (hashishi) a disparu depuis longtemps. Shinya-san, act-painter à ses heures, tenait le lieu, un bar resto végétarien. En fin de soirée, il mettait Cadillac (Brand new) pour qu’on danse comme des perdus – et on dansait comme des perdus.

Shinya-san tenait à son catogan et aux saucisses bio qu’il servait pour ne pas brusquer le client. C’est qu’il voulait l’amener piano piano vers le végétal, le client ; les légumes (fastoche), le tofu (passe), le natto (mission impossible).

 

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Aux dernières nouvelles, Shinya-san se serait installé à la campagne pour faire lui-même son pain.

comment c’était

 

– Oui mais les animaux ?

– Pardon ?

– Tu ne parles jamais des animaux que tu as vus là-bas

– Oh tu sais, c’est toujours un peu pareil… Il y a longtemps, oui, j’avais vu une moufette tenue en laisse dans la rue

– Je te crois pas !

– Tu vois, dès que je dis la vérité

 

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– Quoi d’autre ?

– Avant de vivre à Kyoto, j’habitais à Onohara, tout près d’une rizière. Les soirs d’été, c’étaient de fantastiques concerts de grenouilles et de crapauds-buffles. Je me souviens que, nous promenant là-bas, Marc et moi tenions des baguettes imaginaires pour orchestrer les musiciens invisibles..

– …

– On était joueurs, quoi.

– Mais vous ne les voyiez pas ?

– Jamais, mais Nori m’a confié qu’un jour, en rentrant chez lui, il avait trouvé devant sa porte un crapaud en plein jour. Un crapaud gros comme ça qui le considérait. Eh bien, il était si présent, si fort dans sa présence crapaudine, tu vois, qu’il a préféré aller faire un tour, Nori, en attendant que le crapaud s’en aille.

 

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comment c’était

 

Bruno connut des journées à 1000 yens (environ 8 euros). Sa femme et lui se quittaient au matin en se disant Aujourd’hui, on ne dépense pas plus de 1000 yens. J’imaginais leurs clins d’œil bravaches devant ce pari radical dans un pays où tout vous tend les bras, Achète-moi, mange-moi, bois-moi !

Combien de fois n’avais-je pas été tentée de les imiter. Est-il trop tard, dis ?

 

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comment c’était

 

Dessert time. Sylvain s’éclipse entre pêche et figue. Derrière la maison, au fond du jardin, il s’est aménagé un fumoir. Je le rejoins une fois sur trois jusqu’au banc de pierre pour deux personnes à tout casser. Il fait nuit. Fumer reprend du sens. Ce n’est pas tirer sur une cigarette devant le cendrier désolé d’une smoking zone – pas de cendrier d’ailleurs sinon un bol empli d’eau. Ça devient autre chose.

Une retraite, un repaire où le chercheur peut méditer à loisir, au hasard Être ou ne pas être Numa Shôzo ?  Une respiration dans le noir et le silence. À part le chant des derniers grillons et le bzzz de quelques moustiques sympathiques – tant qu’on fume.

 

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comment c’était

 

Dans la piaule western style où je crèche pour dix jours, il y a, flanquée dans toute sa longueur d’une guipure comme on peut en voir sur les autels, une table pour douze personnes balancée en travers de la pièce de 12 mètres carrés. Quelque chose comme une bonne plaisanterie. Oui, quelqu’un a dû beaucoup s’amuser en collant ça là.

Dans la piaule western style où je crèche pour dix jours, les deux plafonniers crachent une lumière blafarde qui rime avec cafarde. N’ai emporté qu’un livre, Les mange-pas-cher, de Thomas B, merveille absolue. Jusqu’au dernier jour, je me demande si je ne vais tout de même pas acheter une lampe d’appoint, allez quoi. Pour Thomas. Et puis non.

Dans la piaule western style où je crèche pour dix jours, il y a des doubles-rideaux grèges que je mettrai un point d’honneur à ne jamais fermer, même s’il arrivait que le soleil ne se couche plus. Car c’est ici, à Kyoto, que j’ai appris à m’éveiller puis me rendormir avec les premières lueurs du jour. Que j’ai abandonné les tentures, tombé les voiles, largué les amarres.

 

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comment c’était

 

À peine arrivée chez Sylvain et Sae, je m’enquiers des amis. Kai va mieux, on ira le voir si tu veux. Ryotaro a un live mardi à Urbandguild. Martin est encore là pour une semaine. La belle Marion est repartie, vous vous êtes croisées. Elle a des côtés un peu adolescents, non ? Tu sais qu’elle met du beurre dans son riz ?

 

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Je me souviens que c’est Richi qui m’a appris comment disposer les mets sur un plateau. On place toujours le bol de riz à gauche car c’est de la senestre qu’on le tiendra, au-dessous des morceaux de viande ou de poisson pincés entre les baguettes avec plus ou moins de dextérité, au risque de choir, quoi. En plus, c’est meilleur.

 

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