inconditionnels

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre

Parfois me flanque un coup dans l’épigastre

Jules Laforgue

 

Le 20 août 1887, il y a 132 ans, nous quittait le bien-charmant, bien-aimé, bien-tout Jules Laforgue.

Il y a à peu près 5 ans, nous avions commis, mon vieux complice Xavier Brillat et moi, ce court-métrage en guise de salut fraternel et crépusculâtre.  Mais je n’étais pas sûre, l’avais gardé confidentiel (mot de passe : épigastre). Et puis zut, le voilà, sinon sans reproche, du moins sans fard ni retouches.

 

 

 

 

 

 

devinettes (je ne m’en lasse pas)

 

Cette chose boit de l’eau et ne se lave pas ?

La chèvre

 

Est frappé, ne comprend pas ?

L’âne

 

La majesté ?

Le lion

(le grand tueur)

 

Ma petite poterie tombe, ne se brise pas ?

Le lézard

 

L’accroupi ?

Le crapaud

 

Le souverain qui a peur de ses sujets ?

Le hibou

 

Les enfants valent mieux que la mère ?

Les arachides

 

Beaucoup de petits enfants, une seule pièce ?

Un balai

 

Un mort qui porte un vivant ?

Une pirogue

 

Une bande d’étoffe que j’enroule et qui ne finit pas ?

Un chemin

 

Une princesse qui est dans l’eau ?

Le sable

 

Des couvercles égaux ?

Le ciel et la terre

 

De jour, ce n’est rien, de nuit, des haricots ?

Les étoiles

 

 

J.-P. Lebeuf et P.-F. Lacroix, Devinettes peules

 

 

« Falada, comme tu es cloué là »

 

N’aurais jamais pu être un personnage de Grimm. Et d’un, je n’aurais jamais su confectionner la panade que le roi aimait tant. Et de deux, j’aurais oublié l’œuf à jeter en cas de danger, la onzième gaule à couper, le coffret d’or, etc. Je ne me serais jamais souvenue du crapaud qui empêchait la fontaine de couler, de la souris suçant la racine d’un arbre qui depuis ne pouvait plus donner ses pommes d’or…

Et au nom du ciel comment accepter qu’on coupe la tête de mon cheval, Falada, et qu’on la cloue à une porte ?

N’y pensons plus, perdu d’avance, je te dis.

 

Et ce fut le lion

 

La jeune fille sans mains, Le diable aux trois cheveux d’or, Peau-de-Mille-Bêtes. Ne connaissais pas. Les deux frères non plus. Ma phrase préférée dans ce conte, au point que j’interrompis ma lecture à la moitié de l’histoire, ma phrase préférée que je me suis répétée tout le long du chemin vers l’école, ma phrase préférée, donc : “Et ce fut le lion qui eut le petit fermoir d’or.”

 

Les frères Grimm, Les deux frères, trad. Marthe Robert

quelle que soit la saison (fin)

Dernier opus pour Camille

 

Fabienne Yvert

 

noter une nouvelle expression doucement expressive pour mourir : fermer son parapluie

prendre des petites routes dans la campagne en allant à l’aéroport un jour de grève

toujours aussi formidable de décoller et d’atterrir, en regardant le fonctionnement des ailes en prime

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3 petites gouttes de pluie qui rafraîchissent l’aube

imprimer une affiche “c’est pas la fin des haricots” après avoir appris une mauvaise nouvelle

prendre le bateau au soleil couchant, quand la lumière est rose sur la mer

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aller chez le vitrier avant la fermeture annuelle, pour faire découper un rond dans une vitre, bien plus compliqué que dans un film policier

admirer de très beaux objets dans des magasins sans avoir envie de les acheter

faire des tas de petites fenêtres-découpes dans une plaque de BA13 pour ajuster parfaitement les creux et les bosses

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comprendre mieux ses angoisses grâce à un rêve

trouver un docteur compétent qui peut vous recevoir le jour-même

l’apéro au soleil du soir, en regardant les fleurs entre 2 articles de journal

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ne pas confondre les colombes et les pigeons

peindre dans des assiettes, en discutant cuisine

partir en retard et puis arriver en avance

quelle que soit la saison (suite)

Un petit bonus pour Camille :

 

Fabienne Yvert

 

avoir 3 idées à la seconde en buvant du thé devant la mer déchaînée

allier des chaussures chaudes vert pomme à semelles rouges avec un pantalon écossais

attendre le bus dans une petite rue oubliée & rencontrer des amis qui passent par là

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offrir un jeune citronnier à sa vieille mère déprimée

attendre le coucher du soleil, l’éclaircie du soir dans la tempête

remercier l’araignée de mer rouge de nous donner sa chair blanche

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prendre des vacances & de l’altitude

suivre par la fenêtre du train un paysage bien connu en voiture

un petit jardin plein de fleurs digne de “la maison de Toutou” au bout d’une route de montagne

 

quelle que soit la saison mais j’avoue que ça tombe bien

 

 

Fabienne Yvert

Extrait de la 4e de couv :

Lors d’une journée particulièrement pourrie, une amie m’a suggéré cette méthode : penser à 3 trucs bien dans la journée avant de s’endormir apaisée. Je l’ai appliquée une année entière en 2016, et m’y suis tenue […]

J’aurais pu tout aussi bien faire une liste de 3 trucs nazes dans la journée pour les dénoncer – mais déjà que la vie n’est pas drôle tous les jours… !

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« C’est moins grave que si c’était pire »

Docteur A.-B. Bérurier

 

les idées viennent en regardant

marcher sur la digue dans la tempête, en tenant sa capuche à 2 mains

la dernière est la bonne, juste avant de s’endormir

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voir loin dès le matin

un paysan qui parle de sa vie, les coudes posés sur une toile cirée imprimée peau de vache

ouvrir un colis oublié le dimanche soir comme si le facteur venait juste de passer

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être suffisamment en avance pour prendre quand même son train quand on s’est trompé de gare

débarquer sous le soleil quand la météo prévoyait la pluie

visiter une école d’art sans avoir immédiatement envie de s’enfuir