inconditionnels

en coulisse

 

Il recommençait à neiger quand je me suis mis en chemin. C’était une neige qui tombait bien droit, et de laquelle se dégageait une étonnante impression de calme et de discipline. C’était comme si, en coulisse, on avait pris soin de rappeler à chaque flocon les consignes : Allez-y doucement, attendez bien, avant de vous lancer, que ceux du bas aient touché terre, prenez vos distances, respectez les écarts, pas de bousculade et tout ira bien.

Et tout se passait effectivement pour le mieux.

Joël Egloff, J’enquête, 2016

sérendipité

Je cherchais un texte, ne l’ai pas retrouvé, mais à la place une vieille chose qui date des années Smoking rouge quand je lisais et relisais les romans de Jean Echenoz pour y puiser des merveilles.  J’ai trouvé l’exercice toujours aussi riant aujourd’hui. Voici le B, extrait de l’abécédaire que tu peux lire en entier dans la page Carnets, sous le titre MAL (je trouve ça pas).

 

BANQUISE (au bon vieux temps de la)

BASE (une basilique de)

BATTEMENT (une vie de mouche n’est qu’un)

BÉTON (vous avez tout de suite plein de trucs, vous pouvez très vite en trouver plein d’autres, vraiment le cheval est le point de départ idéal pour une conversation, l’incipit en)

BIEN (ce n’est pas si mal, Chostakovitch, il y a des quatuors très très) (elles sont) (et puis la couverture est) (l’avion non plus, je ne comprends pas très)

BILLE (vu la tête que faisait)

BIOLOGIQUE (abominablement)

BLEU (rareté des hommes en)

BOBIGNY (une chose intitulée Brouillon de macreuse)

BOCCARA (j’ai perdu)

BOL (manque de)

BON (sur la ligne qui sépare le mauvais dix-septième du)

BRAS (il sort de la chambre pendant que Shirley McLaine descend l’autocar, sa peluche sous son)

BRUN (des omelettes bordées de)

BRUTE (son air de)

BUFFET (l’édition de poche d’un roman d’Annabel)

ça va pas être simple

 

On en a essuyé des lettres de refus. Fais voir la tienne ? ah oui, il avait signé de son nom quand même… Moi aussi, il voulait que je change la fin, j’avais dit non, merci mais non, ça n’aurait plus de sens, il n’a pas insisté. C’est dingue parce que j’avais dit oui moi et il m’avait fait retravailler tout le texte en large et en travers et puis au bout du compte il l’a pas pris.

Tous différents, tous pareils. Car il y a eu un moment où il nous a plus ou moins dit (écrit) à tous Écoutez les gars, je vous aime bien mais là, ça commence à faire quoi… cinq ? six ? dix textes que tu m’envoies pour te voir opposer à chaque fois que c’est pas possible… Il serait bon vois-tu que tu en tires les conclusions… aller voir, peut-être, ailleurs.

Ça fait mal sur le coup, on relit les derniers mots de l’ultime lettre de refus, pas si type, pas type du tout en fait, et on comprend. On a compris on a eu compris que plus jamais nous ne lui enverrions de manuscrit. On a trouvé d’autres éditeurs depuis. Juste, il était là. On ne le perdait pas de vue. Ça faisait du bien de le savoir là, un bien fou.

dessin de François Matton

http://francois-matton.blogspot.fr/

question

 

QUESTION

 

Mais que ferais-je de l’éternité

sans cette petite cuillère en argent

que j’utilise depuis si longtemps

(elle est ma préférée)

pour remuer le sucre fondu

(entre temps je bois du vin)

dans la tasse ou le bol de café ?

 

Jacques Lèbre, L’immensité du ciel, La Nouvelle Escampette, 2016