inconditionnels

Les gens, tout de même

 

Quelqu’un m’avait dit gentiment : Mais pourquoi écris-tu comme ça ? Très gentiment, avec une incompréhension douce, comme si je m’évertuais à fermer un œil en permanence ; comme si je parlais en poussant des petits cris à la place des virgules ou que je portais une perruque Louis XV pour aller faire mes courses. Pourquoi fais-tu ça ?

Olivier Cadiot, Histoire de la littérature récente (1)

 

Momo

de papier

 

L’avais noté en bleu ciel de mer sur mon agenda de papier, en avais tellement caressé l’idée que le soir venu, plus l’énergie, plus la force, plus la foi. Pas pu quoi, pas pu aller l’écouter jeudi dernier parler de son dernier bouquin de papier. Pour me consoler, je relis Fou civil.

***

Celui qui mange seul aurait bien tort de se priver de décorum. Posé sur une assiette blanche, la boîte de sardines est un étui d’argent contenant des barrettes de vermeil. Un mouchoir brodé sous l’assiette accentue encore l’effet. Si, comme pain, il n’y a que des biscottes, celui qui mange seul ne doit jamais se priver de les extraire de leur emballage et de les dresser en château de cartes représentant le fameux palais de Soliman roi des Djinns, les sardines ne refroidiront pas pour autant et leur parfum pourra entretenir l’appétit de l’architecte de service. L’essentiel, dans un tel repas, est de se ménager des pauses, dans la mastication et la déglutition, comme pour une conversation silencieuse et des toasts portés en l’honneur de qui le mérite et comme il se doit. Celui qui mange seul use pour boire son vin d’un verre à pied dans lequel il consent à verser de la bière ou de l’eau quand le vin manque ou que son humeur n’est pas aux boissons fermentées.

Eugène Savitzkaya, Fou civil, Argol, 2014

Dark Daniel

 

Cette chanson a ponctué mes réveils des dernières semaines, accompagnée de Combien de battements ou Des idiots comme moi, ou encore Ita Bella, sans parler de La folle complainte de Trénet…

Que des chansons douces ou désolées. Pour passer ensuite une bien belle Mauvaise journée !

 

 

Daniel Darc et Laurent Marimbert : Morning Glory in Chapelle Sixteen

 

 

(si le déroulement audio ne s’affiche pas, cliquer sur « audio » ou « listen »)

 

 

Ça caille sec

 

GEL

 

Dans la rue, nous sommes début décembre,

je croise des gens qui ont l’air frigorifiés

et je me demande comment ils feront

si demain ou après-demain il fait moins dix.

 

Et comment font les canards sur les étangs

quand l’eau passe de l’état liquide à l’état solide,

et les poules d’eau au bord des ruisseaux ?

 

Oh ! comme cela peut être blanc et beau

les cristaux de gel sur les branches des arbres !

 

Je regarde de nouveau les gens frigorifiés

mais éparpillés dans la perspective du boulevard

comme si soudain je les voyais tous figés

dans une peinture accrochée au mur d’un musée.

Heureusement, me dis-je, que l’air ne gèle pas.

 

Jacques Lèbre, AIR, ©le phare du cousseix, 2019