inconditionnels

« quelqu’un de très cher »

 

Qu’est-ce que ça fait de perdre ses parents ?

Quand je perdrai mes parents, je serai triste, mais je ne peux pas savoir quelle sensation ça fait. Depuis ma naissance je vis avec mes parents, c’est quelqu’un de très cher. Il y en a qui n’aiment pas leurs parents. Moi j’adore les miens. Ils ne me battent pas.

Propos recueillis par Hervé Guibert

Les enfants exceptionnels [ici, Paco] L’Autre journal

 

faire partie du siècle

 

Peux-tu imaginer un de tes contemporains qui n’aurait chez lui ni ordinateur, ni instrument de musique, ni même de télévision et de radio, et qui de surcroît ne pratiquerait aucun sport ?

Je ne sais pas si on pourrait dire que c’est quelqu’un qui est pauvre. Mais c’est quelqu’un qui n’a pas de chance. Dommage qu’il ne puisse connaître ces choses qui font partie du siècle. Il y a sûrement des gens comme ça dans des pays comme l’Amérique du Sud, des pays pauvres.

Tu n’avais pas à chercher aussi loin : il y a un tel spécimen devant tes yeux…

Oh ! Je suis désolé…

Propos recueillis par Hervé Guibert,

Les enfants exceptionnels [ici, Emmanuel] L’Autre journal

et pour toi ?

 

Quelles seraient pour toi les vacances idéales ?

Ce serait génial. Ce serait se réveiller tous les jours à dix heures, ce serait aller au village, m’amuser, faire du vélo. Faire tout ce dont j’ai envie. Et après rentrer chez moi et regarder les étoiles quand il fait chaud, boire le thé et se coucher. C’est bête mais c’est bien.

Propos recueillis par Hervé Guibert

Les enfants exceptionnels [ici, Gaspard] L’Autre journal

« si je devais formuler trois vœux »

 

Je considère qu’obliger les enfants à interrompre leur sommeil pour aller travailler, fût-ce à l’école, est une forme de maltraitance.

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J’aimerais bien visiter New York. Je n’ai pas envie d’aller aux États-Unis.

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Le rap, j’attends l’étincelle, mais je ne dois pas avoir le bon silex.

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Si je devais formuler trois vœux, je serais bien emmerdé car les génies sont malins.

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Si une bouteille de Tabasco traîne à la maison, j’en mets partout.

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Je n’ai pas encore intégré dans mon paysage mental les gens qui vapotent. J’ai toujours l’impression qu’ils portent à la bouche une sorte de pièce de moteur.

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J’ai cru qu’il existait un pays qui s’appelait l’Élande, proche de la Finlande et où vivaient évidemment des élans. J’ai fait tardivement le lien avec les Landes.

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Je crois que les choux de Bruxelles sont une invention du diable.

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Ne jamais douter c’est comme ne jamais se laver.

Philippe Guerry, si je suis levé

tiens, lis ça

 

Mon corps a encore craqué pour des baskets. Il les a tout de suite remarquées, dans la lumière, posées presque négligemment, l’une des deux couchée sur le côté, les lacets défaits, c’est vrai qu’elles ne ressemblaient à aucunes autres, on aurait dit des chaussures du futur. Mon corps les a essayées, il les a trouvées limite trop petites, il n’y avait pas la taille au-dessus, il a dit qu’elles allaient se détendre, il a demandé le prix, tout est allé très vite, il a dit qu’il les prenait, il a sorti ma carte, il a tapé mon code, il a dit merci, merci. Mon corps a craqué pour une paire de baskets jaune fluo, le genre de baskets que je n’aurais jamais achetées.

Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus

not guilty

 

J’ai vécu rua do Laranjal, dans le quartier d’Ajuda à Lisbonne. Nous aurions aimé nous installer à Lisbonne. On a toujours l’espoir qu’on mènera une vie différente en s’installant loin de chez soi. Ne pas mener la vie que l’on attendait de moi aura été a posteriori une constante inconsciente dans nombre de mes choix. J’ai souvent l’impression d’avoir développé un certain talent dans l’art de décevoir, talent dont je me suis accommodé et dont j’apprécie même les saveurs sures. Lisbonne, on n’a pas pu, ou pas su. Par ailleurs, la Calçada d’Ajuda, où nous avons logé récemment lors d’un séjour de vacances, est en pleine phase de gentryfication et nous pouvons nous dire que nous n’y sommes pour rien.

Philippe Guerry, Je ne suis pas un robot

 

 

gentryf