étonnations

quel âge, déjà ?

 

Nous sirotons une flûte de champ’ sur la terrasse, Mer et moi.  Vue sur le jardin grand comme deux tables. Tout est vert, le bambou va mieux, le jasmin d’hiver promet – vivement ses riantes fleurs jaunes – les azalées du Japon exultent. Soudain, je lève la tête. Au loin, sur le mur mitoyen, comme un feu, regarde. Tout un pan de feuillage a rougi sans prévenir.

Ça, c’est l’automne, dit Mer.

Voilà, c’est mon anniversaire. J’ai cinq ans.

 

au pays de Synovie

 

Je m’étonne moi-même de taper l’incruste dans leur conversation de chauffeurs de bus, mais c’est plus fort que moi, on dirait que c’est le corps qui parle, J’y étais, j’y étais ! Ma tête, heureusement, a eu le temps de glisser juste à temps un « Excusez-moi de vous interrompre mais » à quoi le corps a jeté un drôle de regard.

Il leur a raconté, le corps, comment le chauffeur du 76 s’était arrêté un peu avant Faidherbe en entendant des détonations, comment il nous avait dit qu’il ne voyait pas très bien ce qui se passait mais qu’il valait mieux stationner puis, quelques secondes plus tard, nous allonger tous dans le fond du bus. Durant la pétarade, une vieille dame américaine nous avait dit, Don’t worry, it’s just fireworks… Quand on a su ce qui s’était passé, plus personne ne voulait quitter le bus, c’était horrible, c’était horrible…

Blanc chez les chauffeurs de bus, peut-être interloqués par ce corps impoli débarquant dans leur histoire de chauffeurs de bus. Ma tête prend le relais, Et le chauffeur du bus, comment va-t-il ? – Ça va, ça va.

Mon corps s’est tu, satisfait. Ma tête se demande un peu. Rougit intérieur. D’où viennent ces nouvelles façons, ce besoin de s’épancher ? Ce serait donc ça, en plus du reste, l’épanchement de Synovie ?

Ça promet.

 

Masao Yamamoto

Sae

 

En suivant les cours de cérémonie du thé, jeune fille, Sae a saisi une vérité aux conséquences multiples. Les bols dansent aussi.

Tiens, fait la cigale,

ce truc du thé, c’est d’abord

le ballet des bols !

 

noir

 

Entrevu ce matin une pub noire comme du café. Cru que c’était du café. Juste, je ne voyais pas la marque. Jusqu’à ce que je déchiffre la légende, avant que le métro ne redémarre, Comme si vous ne portiez rien. Ah bon, c’était pas pour du café alors.

 

Clem Letrusko, J’ai jamais vu l’Afrique

expo médiathèque Marguerite Duras

jusqu’au 19 avril