Caliméro

au pays de Synovie

 

Je m’étonne moi-même de taper l’incruste dans leur conversation de chauffeurs de bus, mais c’est plus fort que moi, on dirait que c’est le corps qui parle, J’y étais, j’y étais ! Ma tête, heureusement, a eu le temps de glisser juste à temps un « Excusez-moi de vous interrompre mais » à quoi le corps a jeté un drôle de regard.

Il leur a raconté, le corps, comment le chauffeur du 76 s’était arrêté un peu avant Faidherbe en entendant des détonations, comment il nous avait dit qu’il ne voyait pas très bien ce qui se passait mais qu’il valait mieux stationner puis, quelques secondes plus tard, nous allonger tous dans le fond du bus. Durant la pétarade, une vieille dame américaine nous avait dit, Don’t worry, it’s just fireworks… Quand on a su ce qui s’était passé, plus personne ne voulait quitter le bus, c’était horrible, c’était horrible…

Blanc chez les chauffeurs de bus, peut-être interloqués par ce corps impoli débarquant dans leur histoire de chauffeurs de bus. Ma tête prend le relais, Et le chauffeur du bus, comment va-t-il ? – Ça va, ça va.

Mon corps s’est tu, satisfait. Ma tête se demande un peu. Rougit intérieur. D’où viennent ces nouvelles façons, ce besoin de s’épancher ? Ce serait donc ça, en plus du reste, l’épanchement de Synovie ?

Ça promet.

 

Masao Yamamoto

projet de vie

 

Changer de cap, changer de camp, bon sang. Ils ne savent peut-être pas tout, c’est vrai, mais le réel ils connaissent. Tout leur est plaine ou alors vagues sur quoi surfer. Franchir ce pas, aller de l’autre côté. Du nerf, quoi. Passer du côté des débrouillards.

 

Capito ?

j’arrive

 

À quelle heure tu veux dis-moi ce que tu préfères c’est oké pour moi si ça le fait pour toi samedi ça te va tu fais quoi le soir et après ton petit cours c’est jouable ?

Je tourne la page de l’agenda elle était vierge une plage de temps avec du vent pure virtualité je note sur la page de l’agenda elle devient moi elle est barrée de partout il n’y a plus de place on ne peut plus respirer moi pareil si tu veux ma mort donne-moi rendez-vous je te donne une heure je te donne l’heure de ma mort.

Comment ça j’exagère comment ça je prends tout mal comment ça c’est difficile de vivre avec moi ? Tout ce que je veux dire c’est que les choses elles devraient arriver toutes seules sans prévenir les choses et là pas le temps de me braquer je suis ouverte à c’est oui où tu veux je pars de chez moi tu me redonnes l’adresse le code l’étage la station je vais me débrouiller. Tu dis maintenant tout de suite tout devient fluide le temps de et c’est bon c’est incroyable, incroyable comme parfois tout est parfait.

J’arrive.

 

nouvelles du jaldin

 

Les azalées du Japon losissent. Pas les lauliers-loses qu’attendent leul heule. Bambou ne se polte pas si mal. Moi, je leglette un peu Monsieur et Madame Thuya, à qui on a fait leul fête il y aula bientôt deux ans et qui dessinaient  de bien belles figules avec leuls blanchages, des soulcils touffus, des pelluques bouclées, des moustaches.

Peldu peldu, le vicomte de Blagelonne…

 

Antonin Altaud

et pourtant, pourtant…

 

Pourtant, je suis pas une mauviette, je sèche pas, me lève chaque matin pour y aller alors qu’entre nous bref je te passe les détails ça avait l’air bien La miséricorde des cœurs dont Geneviève et Céline lisaient de longs passages l’autre soir. Très bien même. Très envie de l’acheter. Un poche en plus. Je le feuillette en confiance et tombe pile sur une page où un chat se fait un peu massacrer. N’achèterai pas le livre. Chicken deviendrais-je ? Pourtant, pourtant…

 

Aroldo Governatori, Le chat, 1977

(nulle) photo

château de Rentilly

ptite forme

Certes, il y a des indices. Rater une marche et tomber devant l’abribus, avoir envie de tout annuler tout à trac, ne pas supporter le moindre contact avec le sac à dos d’un usager du métro, fût-ce une belle étrangère. Mais il y a un truc qui ne trompe pas. Être happé à la devanture d’une pharmacie par le spectacle d’une paire de charentaises et soupirer, Comme on doit être bien là-dedans !

 

miroir