Caliméro

amnésie

 

– Bon. Qu’est-ce qui ne va pas ENCORE aujourd’hui ?

– Je peux pas te le dire

– Même à moi ?

– Oui

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise…

– Oh ! Regarde !

– Quoi ? 

– Les jasmins d’hiver !

– C’est comme ça tous les hivers, tu sais

– J’avais oublié

– Pomme,va.

de l’autre côté

 

Quand ça ne va pas plus que ça, j’ai un truc, je te le donne, je vais faire un tour de l’autre côté. De l’autre côté du pont – parce que par chez moi, il y a un pont, c’est pratique pour aller de l’autre côté. Et là, ça ne rate jamais, de l’autre côté, c’est mieux, les couleurs, tout. Ça donne envie de prendre des photos. Oh, le bébé sapin abandonné, clic. Oh, les bagnoles en bas, comme elles vont vite, clic. Oh, les poubelles qui volent au vent, quelle poésie, clic. Et puis de l’autre côté, la pluie te flingue pas pareil.

Clic.

au pays de Synovie

 

Je m’étonne moi-même de taper l’incruste dans leur conversation de chauffeurs de bus, mais c’est plus fort que moi, on dirait que c’est le corps qui parle, J’y étais, j’y étais ! Ma tête, heureusement, a eu le temps de glisser juste à temps un « Excusez-moi de vous interrompre mais » à quoi le corps a jeté un drôle de regard.

Il leur a raconté, le corps, comment le chauffeur du 76 s’était arrêté un peu avant Faidherbe en entendant des détonations, comment il nous avait dit qu’il ne voyait pas très bien ce qui se passait mais qu’il valait mieux stationner puis, quelques secondes plus tard, nous allonger tous dans le fond du bus. Durant la pétarade, une vieille dame américaine nous avait dit, Don’t worry, it’s just fireworks… Quand on a su ce qui s’était passé, plus personne ne voulait quitter le bus, c’était horrible, c’était horrible…

Blanc chez les chauffeurs de bus, peut-être interloqués par ce corps impoli débarquant dans leur histoire de chauffeurs de bus. Ma tête prend le relais, Et le chauffeur du bus, comment va-t-il ? – Ça va, ça va.

Mon corps s’est tu, satisfait. Ma tête se demande un peu. Rougit intérieur. D’où viennent ces nouvelles façons, ce besoin de s’épancher ? Ce serait donc ça, en plus du reste, l’épanchement de Synovie ?

Ça promet.

 

Masao Yamamoto