syndrome

la chèvre de Monsieur Seguin syndrome

 

Il m’avait confié un jour qu’une ancienne amie – je compris amourette – l’avait appelé un jour pour qu’ils se revoient. Au bout de dix ans. Dix ans c’est long ou c’est court ? Il avait accepté puis s’était dédit au dernier moment. Dix ans c’est lourd. Et moi, faraude, de me dire je ferai mieux qu’elle. Finaude, je n’attendrai pas dix ans nous autres. Ferai mieux que la vieille Renaude.

Pauvrette.

 

Holden Caulfield syndrome

 

Je veux pas y aller. J’irai pas. M’embête pas. Je le sais bien que c’est la rentrée, j’y pense depuis hier nuit, n’importe quoi pour pas y aller je ferais. N’importe quoi. Dans le bus, ça continue. N’importe quoi. Prête à porter ce gilet jaune fluo innommable pour faire traverser les piétons. Pas tous les piétons d’ailleurs. Les enfants seulement. Je ferais traverser les gosses. Rien que ça, toute la journée. La vraie vie. Et puis le souvenir est venu tandis que s’éloignait de mon champ de vision la silhouette de la dame innommable qui saluait à chaque passage les traverseurs, adultes à cette heure. Repensé à Holden Caulfield dans un jardin public qui voulait empêcher les kids de tomber des balançoires.

Ce soir, je reprends le livre que je n’ai pas touché depuis le siècle dernier mais c’était à la fin, je trouve très vite.

Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée.

J.D. Salinger, L’attrape-cœurs, trad. Annie Saumont

À part l’histoire des balançoires, c’est exactement ça.

M’embête pas.

mirage syndrome

 

Pas ça d’imagination. Que dalle. Jusqu’à hier.

Il me restait des boulettes de viande « recette suédoise » que je pouvais faire cuire dans une poêle et avec une poignée de légumes, ça devait ressembler à quelque chose. Peut-être étais-je contrariée. Sans le vouloir, une étudiante me privait d’une soirée avec des amis, je croyais avoir digéré le truc mais j’étais dans le mécontentement. Après le départ de la jeune fille satisfaite de mes explications sur l’emploi du subjonctif, je prépare ma poêlée quand soudain ça me dégoûte. L’odeur m’insupporte. Vite, ouvrir la fenêtre, tenter de se raisonner. La dernière fois, c’était très bon, ces boulettes suédoises – avec de la confiture et des pommes de terre, avec du poisson aussi et du concombre mariné dans du vinaigre blanc. Ça sent ce soir la chasse, la bête traquée. Il y a du cerf là-dedans, c’est sûr. Je suis en train de manger Bambi.

Malade toute la nuit. Au matin, je n’y tiens plus. Qu’y avait-il dans la composition ? Du daim ? De la belette ? Du renard au moins ? Je lis écrit en tout petit : bœuf + porc = zéro gibier.

Rien n’est perdu pour moi. Vois, l’imagination qui commence à poindre le bout de son andouiller.

 

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Ou alors je perds la boule ?

En attendant, j’arrête la viande quelque temps.

docteur Jivago syndrome

 

Un jour, je le sais, je monterai dans un tram. Il m’aura reconnue et couru après. Trop tard.

– Mais c’est l’inverse !

Attends, c’est pas fini. Il sentirait soudain comme un coup de poignard dans sa poitrine et porterait la main sur son cœur avant de s’écrouler.

– Mais c’est son col de chemise qui le serre !

Attends, c’est pas fini. Il relèverait une dernière fois la tête en direction du tram qui s’éloigne et prononcerait mon nom avec ses yeux.

Là, c’est fini.

Et je ne le saurai jamais.

solitude syndrome

 

La première question qu’ils vous posent qui n’est pas une question mais bel et bien un index pointé, Est-ce qu’il vous arrive de boire seul. La suite on la connaît, la suite c’est C’est le début du n’importe quoi, il faut boire avec des amis, des proches, des voisins, jamais seul. Jamais ils ne vous demanderont Est-ce qu’il vous arrive de manger seul. Manger en solitaire ne soulève aucun problème, je mange seul il mange seul elle mange seule. Tout est en ordre. Et tous ces malheureux qui s’étouffent avec un os de pain qu’est pas passé, une arête d’escalope restée coincée en travers du gosier, un quignon de mandarine revêche. Avec personne pour leur taper dans le dos fraternellement. Règle numéro un Ne jamais manger seul. Pour boire, tu fais comme tu sens.

 

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abandon syndrome

 

Je toussais comme un dératé. Personne n’était fichu de me trouver un médecin, même Lili, elle m’a suggéré d’aller aux urgences de l’hôpital, mes voisins m’ont dit que c’était un conseil meurtrier. Dan m’assure qu’à Rome on délivre des antibiotiques sans ordonnance. Je vais de ce pas faire entendre ma toux à une vieille pharmacienne grincheuse, qui m’enjoint de consulter un médecin. Le noble pharmacien aux cheveux blancs de la place d’Espagne me donne un sirop, ça fait un mois que je m’abreuve de ces potions nauséeuses. Enfin un assassin du côté du tombeau de l’Auguste Imperator me vend des antibiotiques, avec une posologie que je lui fais répéter trois fois. Je n’ai pas trop confiance : je me traîne sur le Corso, j’entre dans les pharmacies pour montrer mon médicament, je demande si la dose prescrite n’est pas criminelle, on a plutôt envie de m’envoyer chez un psychiatre.

Hervé Guibert (mon ami, mon frère, asteure surtout), L’incognito