Camille Becquet

David Vincent syndrome (2)

 

Son truc, c’est les chaussures abandonnées à ciel ouvert. Abduction il y a eu. Des aliens sont passés par là et à l’acte. Seules pour en témoigner, les grolles. Dès qu’on repère une paire de sandales, même dépareillées, des espadrilles de kids ou de gérontes, des babouches voire des mocassins – il se fait rare le mocassin – on en envoie sur-le-champ le cliché à Camille qui saura quoi en faire. Ça renforce ses intuitions qui virent aux certitudes. Ils sont là. Parmi nous. Prélevant très régulièrement leurs échantillons humains. On a les preuves. On constitue un dossier. Qui s’épaissit d’année en année. Qu’on délivrera en temps voulu.

 

Yoshi TAKAHASHI

(1974 – 2015)

quelle que soit la saison (fin)

Dernier opus pour Camille

 

Fabienne Yvert

 

noter une nouvelle expression doucement expressive pour mourir : fermer son parapluie

prendre des petites routes dans la campagne en allant à l’aéroport un jour de grève

toujours aussi formidable de décoller et d’atterrir, en regardant le fonctionnement des ailes en prime

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3 petites gouttes de pluie qui rafraîchissent l’aube

imprimer une affiche “c’est pas la fin des haricots” après avoir appris une mauvaise nouvelle

prendre le bateau au soleil couchant, quand la lumière est rose sur la mer

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aller chez le vitrier avant la fermeture annuelle, pour faire découper un rond dans une vitre, bien plus compliqué que dans un film policier

admirer de très beaux objets dans des magasins sans avoir envie de les acheter

faire des tas de petites fenêtres-découpes dans une plaque de BA13 pour ajuster parfaitement les creux et les bosses

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comprendre mieux ses angoisses grâce à un rêve

trouver un docteur compétent qui peut vous recevoir le jour-même

l’apéro au soleil du soir, en regardant les fleurs entre 2 articles de journal

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ne pas confondre les colombes et les pigeons

peindre dans des assiettes, en discutant cuisine

partir en retard et puis arriver en avance

quelle que soit la saison (suite)

Un petit bonus pour Camille :

 

Fabienne Yvert

 

avoir 3 idées à la seconde en buvant du thé devant la mer déchaînée

allier des chaussures chaudes vert pomme à semelles rouges avec un pantalon écossais

attendre le bus dans une petite rue oubliée & rencontrer des amis qui passent par là

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offrir un jeune citronnier à sa vieille mère déprimée

attendre le coucher du soleil, l’éclaircie du soir dans la tempête

remercier l’araignée de mer rouge de nous donner sa chair blanche

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prendre des vacances & de l’altitude

suivre par la fenêtre du train un paysage bien connu en voiture

un petit jardin plein de fleurs digne de “la maison de Toutou” au bout d’une route de montagne

 

mes occupations

 

On a un jeu avec Camille. Elle décrit une photo et je la dessine – je dis je, on est deux, il y a aussi Philippe. Ensuite, elle publie la photo. J’étais en train de dessiner hier, sachant qu’un ami m’attendait sur skype. Seulement, il y avait ma neige. Je n’avais pas fini ma neige. Il a attendu, l’ami. La neige, d’abord.

Et j’ai repensé à ce texte de Michaux (le premier de Faits divers dans Face aux verrous) :

Ne confondant pas le but avec les circonstances, ni les impressions avec les faits, Blanchette notre vache fait avant tout sa porcelaine. Dès qu’il y a matière à comparer, elle voit combien elle a raison, combien sont vaines les distractions et sans portée et sans profondeur. Elle ne lève plus la tête, mais comme elle est emplie de lait, elle se laisse traire, entendu seulement qu’on ne touchera pas à sa porcelaine.

Et c’était bien.

la faute à Jazz

 

Jazz, le chat des voisins, a débarqué l’autre matin, faisant fuir toute la population ailée pendant des heures. Le désert pendant des heures. Et si. Et s’il n’y avait plus de merles énervés, plus d’oiseaux tout courts, mon ptit spectacle vivant perso, plus le moindre rouge-gorge, plus de geais, plus de leurs apparitions fugaces, plus d’eiders. Plus de chats non plus (adieu, Jazz ?), plus de papillons, de dalmatiens. Plus de coccinelles. Plus Bubulle. Ni méduses ni limaces – en bandes, je ne suis pas inconditionnelle mais une ou deux, quelle danse parfois.

 

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Je veux dire plus du tout, avec la voix de Maurice Ronet dans Le feu follet lorsqu’il avoue au serveur sidéré qu’il ne boit plus du tout. Ni pandas ni éléphants – ni éléphanteaux du même coup, non mais tu vois le tableau. Ni Baloo ni Shere Khan. Ni boas ni serpentaires. Ni paramécies, je te jure. Ni varans ni tortues ni cigales ni aragnes ni abeilles ni buses ni… unaus ?

 

creature

C’est bien simple, je crois que j’annulerais tout sans hésitation.

© Daido Moriyama

la vie

 

Je pense qu’une cicatrice, c’est quelque chose qui ne se referme jamais vraiment, qui peut se rouvrir à tout moment. Ce n’est plus douloureux mais c’est sensible.

C’est un point de faiblesse.

Camille Becquet, Cicatrices

 

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© Camille Becquet, Deux sœurs

camillebecquet.com