Mois: mars 2019

chevron days

 

J’avions un chevron comme ça. Un bon vieux paletot d’hiver à chevrons noir et blanc, mais sans revers aux manches. Le chevron de base. Je le portais presque tout le temps, cet hiver-là. La porteuse de chevron devant moi est fine. Elle nage dans son chevron.

Je me souviens qu’une fois, en revenant de chez Gus, je marchais un peu en crabe, avec l’impression d’avoir fait du cheval toute la journée – je l’aimais bien Gus, mais sans être amoureuse. Mon chevron était là pour me tenir chaud et compagnie et murmurer Tu vois, tout va bien, on n’en meurt pas. La jeune fille quitte la rame, envolée.

Adieu, chevron.

Clic.

« Falada, comme tu es cloué là »

 

N’aurais jamais pu être un personnage de Grimm. Et d’un, je n’aurais jamais su confectionner la panade que le roi aimait tant. Et de deux, j’aurais oublié l’œuf à jeter en cas de danger, la onzième gaule à couper, le coffret d’or, etc. Je ne me serais jamais souvenue du crapaud qui empêchait la fontaine de couler, de la souris suçant la racine d’un arbre qui depuis ne pouvait plus donner ses pommes d’or…

Et au nom du ciel comment accepter qu’on coupe la tête de mon cheval, Falada, et qu’on la cloue à une porte ?

N’y pensons plus, perdu d’avance, je te dis.

 

Et ce fut le lion

 

La jeune fille sans mains, Le diable aux trois cheveux d’or, Peau-de-Mille-Bêtes. Ne connaissais pas. Les deux frères non plus. Ma phrase préférée dans ce conte, au point que j’interrompis ma lecture à la moitié de l’histoire, ma phrase préférée que je me suis répétée tout le long du chemin vers l’école, ma phrase préférée, donc : “Et ce fut le lion qui eut le petit fermoir d’or.”

 

Les frères Grimm, Les deux frères, trad. Marthe Robert

radio days

Et tandis que la radiologue me radiographiait les genoux de face de dos et dans leurs pires profils, ce fut l’illumination : “Oh, Madame ! Ne pourrais-tu pas faire la même chose pour ma tête, dis ?”

ne lui demandai-je pas.

 

je msouviens

 

Il y a dix ans jour pour jour, au lieu de Kyoto, me réveillai à Paris. Pour de bon. J’avais quitté le Japon pour être à la même heure que celui que je surnommais le Merveilleux. Quelle noix, quand même.