la ptite mauve

 

Milton m’a demandé il y a peu d’où me venait cette expression qui me ravit tellement que je la sers plus souvent qu’à mon tour quand j’ai besoin de courage. Un équivalent de Faut pas s’écouter.

Se faire porter pâle certain matin ? – Jamais de la vie, je suis pas une mauviette. Ça sonne comme un linge propre qui claque au vent. Je ne regrette jamais de ne pas avoir été une mauviette.

Pourtant quand j’apprends que mon meilleur ami est à l’hôpital, je fais moins la fière. Je vire au violet.

Milton mon beau Milton, dis-moi qui est la plus mauve ?

 

peinard, lui

 

Ça a plu, ça a peiné

ça repleuvra, ça repeinera

mais aujourd’hui, ça soleille sec

dehors

 

Ça urge fort,

ça se bouscule dur

dans les transports

 

Et Bouddha

dans tout ça ?

Il dort

dans son manteau d’or

 

« Aux séparés »

 

« Aux séparés » – Telle est la dédicace de  Pense aux pierres sous tes pas. Voici le prélude :

Les mots que vous allez lire n’ont d’autre ambition que de témoigner de notre histoire, depuis notre enfance compliquée jusqu’aux temps de l’apaisement.

On ne nous a pas payés pour le faire.

On n’en a rien à foutre d’être payés.

On voulait le faire parce qu’on ne dit pas assez que les ombres peuvent être terrassées.

Et qu’on a tous besoin de clarté.

Si ça te laisse de glace, que tu n’es pas chaviré, comment dire, c’est que le diable, une fois encore, s’en serait mêlé ?

 

Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, éditions Verdier, 2018

la guerre

 

Il est là. Il est revenu. Me coupe la respiration sans prévenir. Me montre ÉPILOGUE sur une affiche publicitaire de métro. Me chatouille de façon tout à fait désagréable. Égare mon beau parapluie mauve. Fait disparaître infortunément la paire de chaussettes antidérapantes que je venais de m’acheter. M’asticote la nuque. M’agace les gencives. Fait gonfler mon ventre sans raison. M’épuise par le milieu. Me donne cet air hagard que je connais si bien. De retour, je te dis. Avec toute une colonie d’insectes à sa solde.

Si tu crois que je vais me laisser intimider.

il était un foie

 

Histoire vraie. C’est arrivé dans le XIIe arrondissement. Un boucher était amoureux d’une fleuriste. Or, le métier de son amoureux la dégoûtait. Il aimait sa belle et abandonna la vianderie. Plus encore, il devint fleuriste à son tour. Avait-il encore du sang sur les mains ? Toujours est-il qu’elle le quitta très vite.

Et tu ne me crois toujours pas quand je te dis que Satan existe ?