la chose, son contraire

 

À peine ai-je raccroché que, dans le sens exactement contraire à ce que je viens de dire à Sabine, je me jette sur mon maillot que j’enfile illico jamais été aussi leste le tram me rejoint dans le mouvement on est tous au diapason de l’urgence, les bassins, vite, les bassins. D’habitude, c’est l’inverse, j’annonce haut et fort une pistoche et abandonne dans la seconde qui suit. Aussitôt dit aussitôt défait. Je veux bien mais qui croire ? Moi ou moi ?

 

David Vincent syndrome

 

Dans le métro du matin, en route vers Cluny. Une famille blonde. Des Allemands ? Des Bataves ? Le père, la mère et leurs deux enfants. L’ado me fixe comme si je venais de Pluton. Je me surprends alors à ostensiblement plier mon auriculaire pour lui prouver mon appartenance à la planète Terre.

Nous sommes le 4 janvier et à part ça, tout va bien.

 

sanguine

 

Jeanne Moreau confiait dans un film ancien à Miou-Miou que les règles, c’était peut-être bien embêtant, douloureux parfois, mais vous verrez ma ptite – c’est moi qui rajoute ma ptite – ça vous manquera un jour, ce sang mensuel.

Tiens, tout une traînée rouge sur le bas de ma feuille, ça vermille, c’est beau. Vrai, ça manquait, ça illumine l’instant. Est-ce pour cet écarlate – mon sang n’est pas carmin – que je me tire la peau des doigts jusqu’à la pulpe ces derniers temps. Du coup, pas la peine de mettre de vernis rubis ou coquelicot. Manucure maison.

 

la ptite mauve

 

Milton m’a demandé il y a peu d’où me venait cette expression qui me ravit tellement que je la sers plus souvent qu’à mon tour quand j’ai besoin de courage. Un équivalent de Faut pas s’écouter.

Se faire porter pâle certain matin ? – Jamais de la vie, je suis pas une mauviette. Ça sonne comme un linge propre qui claque au vent. Je ne regrette jamais de ne pas avoir été une mauviette.

Pourtant quand j’apprends que mon meilleur ami est à l’hôpital, je fais moins la fière. Je vire au violet.

Milton mon beau Milton, dis-moi qui est la plus mauve ?

 

peinard, lui

 

Ça a plu, ça a peiné

ça repleuvra, ça repeinera

mais aujourd’hui, ça soleille sec

dehors

 

Ça urge fort,

ça se bouscule dur

dans les transports

 

Et Bouddha

dans tout ça ?

Il dort

dans son manteau d’or

 

« Aux séparés »

 

« Aux séparés » – Telle est la dédicace de  Pense aux pierres sous tes pas. Voici le prélude :

Les mots que vous allez lire n’ont d’autre ambition que de témoigner de notre histoire, depuis notre enfance compliquée jusqu’aux temps de l’apaisement.

On ne nous a pas payés pour le faire.

On n’en a rien à foutre d’être payés.

On voulait le faire parce qu’on ne dit pas assez que les ombres peuvent être terrassées.

Et qu’on a tous besoin de clarté.

Si ça te laisse de glace, que tu n’es pas chaviré, comment dire, c’est que le diable, une fois encore, s’en serait mêlé ?

 

Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, éditions Verdier, 2018