vichyssoise (fin)

~

~

Une infirmière préposée à la sacro-sainte illutation agite sa main gantée de caoutchouc à l’adresse, tout là-bas, du sosie d’Édouard Philippe (en peignoir). Qui lui rend avec élégance un signe d’intelligence. Après quoi il entreprend de la rejoindre, lentement, solennellement, comme aimanté.  J’ai vraiment l’impression qu’ils vont s’en rouler une. S’arrêtent juste à temps.

– Méfiez-vous d’elle, glisse Édouard à un jeune peignoir obèse sagement assis qui n’avait rien demandé, elle va vous en-glu-er.

Rires de gorge de l’infirmière.

– Ça va être votre fête… n’ajoute-t-il pas.

C’est mon dernier jour. Je ne suis plus une bleue. Mes yeux se dessillent. Je repère les plans drague. Le mono de mobilisation et le maillot multicolore ; ce rebelle et cette jaune ; P3 et P4  et le masseur sous l’eau… Sous la blancheur duveteuse des peignoirs ou des blouses, ça mouille sec – pardonne l’oxymore.

Les thermes ? Temple de l’érotisme, vaste baisodrome… pas la première année toutefois. Et chacun, chacune de me dire d’un ton appuyé À l’année prochaine.

~

vichyssoise (13)

– Mon peignoir ! On m’a pris mon peignoir !

Effectivement, la vieille dame trottine dans le plus simple appareil, sandales fluo aux pieds, bras levés au ciel, invoquant les dieux des thermes, cul nu quoi. Mi-figue mi-rigolarde, elle zieute les autres peignoirs.

– Qui qui m’a barboté mon peignoir et ma serviette, bande de gueux ?

Les peignoirs demeurent dignes, l’air préoccupé  cependant. La nudité n’est jamais publique, ça ne se parle pas, ça ne se montre pas, ça se passe entre praticien et curiste. Elle casse les codes cette conne.

Elle s’agite de plus en plus, agrippe le col de tel ou tel peignoir

– Rends-le-moi ! C’est le mien !

On dirait un feu follet. Les infirmières doivent être en pause.  Un vieux beau la rembarre, Ça suffit à la fin ! Allez en demander un à qui de droit ! Une employée surgie des vestiaires lui vient finalement en aide. On vient d’éviter la camisole.

Sladit, depuis cet épisode, les peignoirs ont mué. Un genou se montre ici, une épaule là. Les ceintures se dénouent ; ça s’ouvre, ça met un certain temps à se refermer, ça se relâche, ça revit.

~

vichyssoise (12)

pélican syndrome

Il nous prodigue ses consignes teintées d’un humour bon enfant : Ne vous crevez pas en route surtout, on n’est pas là pour ça.

Il multiplie ordres et contre-ordres : Tendez au maximum ! … mais forcez pas, hein, on va pas risquer un claquage.

Soudain, comme un bourdonnement dans le bassin. Bonnet jaune et bonnet bleu discutent de la prochaine excursion, bonnet bicolore est tenté d’intervenir, Pourquoi pas Clermont, il paraît que la cathédrale est pamal… Oh moi, les cathédrales… tout en sautillant d’un pied sur l’autre alors qu’on est passé à d’autres exercices. Le mono les avise, n’en croit pas son regard, soufflé. L’incrédulité fait bientôt place à l’indignation. Son teint rougeoie. J’ai envie de lui dire Inspirez, soufflez. J’ai envie de lui dire C’est pas grave.

Il tournoie sur lui-même pour revenir à l’horreur de la scène : deux trois individus peut-être davantage l’ignorent. Il bat des ailes, claque du bec, bégaie, nous prend à témoin : Mais qui sont ces gens ?

Et c’est parti pour de longues minutes de gémissements, Si vous n’écoutez pas, c’est vous, c’est pas moi mais c’est quand même moi qui et c’est pour vous tout ça moi le meilleur j’essaie de vous donner pour vous à vous de mais je me saigne moi non alors là que voulez-vous…

Quelque chose comme Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage

Et vlan, la leçon est fichue.

~

vichyssoise (11)

oups

~

Mais qu’allez-vous donc chercher ? C’est un paradis sur terre ici : on est aux petits soins pour nous, on a les peignoirs, je vous signale, et on choisit sa taille et on peut avoir XXL même si on fait moins parce que c’est plus confortable, et on peut demander une ceinture rose ou bleu pastel pour être en harmonie avec son masque, et la piscine est juste à la bonne température, et le mono il est doux, et la boue a une couleur caramel, et il y a du Mozart dans l’ascenseur mais tout ça c’est trop beau pour vous, hein, voilà la vérité, c’est des perles aux cochons ! Vous auriez dû rester dans vos HLM putrides, vous, les moins que rien, vous, la lie de la terre, vous, l’ivraie !

~