radio days

Et tandis que la radiologue me radiographiait les genoux de face de dos et dans leurs pires profils, ce fut l’illumination : “Oh, Madame ! Ne pourrais-tu pas faire la même chose pour ma tête, dis ?”

ne lui demandai-je pas.

 

Verlaine Syndrome

 

J’ai toujours aimé ça. Ou presque. L’état dans quoi ça met. Me met moi. Princesse du moment, reine de la juste distance avec les choses. Et ça coule, ça coule comme de l’eau – mais c’en est assez éloigné finalement. Parfois, ça pétille. Parfois, ça désaltère comme la grenadine de l’enfance. Catherine Deneuve avait-elle bu – sa diction est de plus en plus improbable – en lisant devant les caméras : Non, tu dis pas « rose », tu dis « grenadine clair ».

Comment s’appellent les filles de la famille Titegoutte ? – Corinne, Justine et. J’ai oublié la troisième.

Demain, j’arrête.

 

Tuer le ver (en cours d’écriture)

horla syndrome

 

Peur des reflets dans les objets – il y a quelqu’un d’autre – l’autre jour dans la lame d’un couteau ça a bougé

Peur de mon ombre elle a souvent un temps d’avance ça peut surprendre – il y a quelqu’un d’autre – tu te souviens du cowboy qui tirait plus vite que son ombre

Peur de l’écho sous mes pas aussi c’est tout nouveau ou est-ce l’écho de ma canne – il y a quelqu’un d’autre

 

santé, Souley

Tu fus le premier à me parler de l’Afrique.

Vous aviez cela en commun avec Noémi. Quand tu nous as quittés, nous nous sommes retrouvées Noémi et moi devant des thés verts dans le jardin de la Mosquée, nous demandant : « Comment faire maintenant ? »

Tu avais un job à l’ambassade du Mali où tu recevais de malins Maliens. Voyant ton sang-mêlé, ils venaient vers toi avec assurance, Écoute, mon frère… et tu leur répondais, Écoutez, Monsieur, je suis pas votre frère… Ça nous faisait pleurer de rire.

Fela le grand, c’est aussi grâce à toi. Je crois que quand j’ai écouté pour la première fois WATER NO GET ENEMY, le ciel m’est tombé sur la tête.

Voici le lien pour la version originale et la pochette de mon vieux vinyl (était carrée ma pochette mais bon, les femmes sont là) :

https://www.google.com/search?q=fela+kuti+water+no+get+enemy&rlz=1C5AVSZ_enFR612FR612&oq=fela+Kuti&aqs=chrome.1.69i57j0l2j69i60j0l2.6781j0j7&sourceid=chrome&ie=UTF-8

quelle que soit la saison (fin)

Dernier opus pour Camille

 

Fabienne Yvert

 

noter une nouvelle expression doucement expressive pour mourir : fermer son parapluie

prendre des petites routes dans la campagne en allant à l’aéroport un jour de grève

toujours aussi formidable de décoller et d’atterrir, en regardant le fonctionnement des ailes en prime

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3 petites gouttes de pluie qui rafraîchissent l’aube

imprimer une affiche “c’est pas la fin des haricots” après avoir appris une mauvaise nouvelle

prendre le bateau au soleil couchant, quand la lumière est rose sur la mer

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aller chez le vitrier avant la fermeture annuelle, pour faire découper un rond dans une vitre, bien plus compliqué que dans un film policier

admirer de très beaux objets dans des magasins sans avoir envie de les acheter

faire des tas de petites fenêtres-découpes dans une plaque de BA13 pour ajuster parfaitement les creux et les bosses

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comprendre mieux ses angoisses grâce à un rêve

trouver un docteur compétent qui peut vous recevoir le jour-même

l’apéro au soleil du soir, en regardant les fleurs entre 2 articles de journal

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ne pas confondre les colombes et les pigeons

peindre dans des assiettes, en discutant cuisine

partir en retard et puis arriver en avance

quelle que soit la saison (suite)

Un petit bonus pour Camille :

 

Fabienne Yvert

 

avoir 3 idées à la seconde en buvant du thé devant la mer déchaînée

allier des chaussures chaudes vert pomme à semelles rouges avec un pantalon écossais

attendre le bus dans une petite rue oubliée & rencontrer des amis qui passent par là

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offrir un jeune citronnier à sa vieille mère déprimée

attendre le coucher du soleil, l’éclaircie du soir dans la tempête

remercier l’araignée de mer rouge de nous donner sa chair blanche

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prendre des vacances & de l’altitude

suivre par la fenêtre du train un paysage bien connu en voiture

un petit jardin plein de fleurs digne de “la maison de Toutou” au bout d’une route de montagne