ça va pas être simple

 

On en a essuyé des lettres de refus. Fais voir la tienne ? ah oui, il avait signé de son nom quand même… Moi aussi, il voulait que je change la fin, j’avais dit non, merci mais non, ça n’aurait plus de sens, il n’a pas insisté. C’est dingue parce que j’avais dit oui moi et il m’avait fait retravailler tout le texte en large et en travers et puis au bout du compte il l’a pas pris.

Tous différents, tous pareils. Car il y a eu un moment où il nous a plus ou moins dit (écrit) à tous Écoutez les gars, je vous aime bien mais là, ça commence à faire quoi… cinq ? six ? dix textes que tu m’envoies pour te voir opposer à chaque fois que c’est pas possible… Il serait bon vois-tu que tu en tires les conclusions… aller voir, peut-être, ailleurs.

Ça fait mal sur le coup, on relit les derniers mots de l’ultime lettre de refus, pas si type, pas type du tout en fait, et on comprend. On a compris on a eu compris que plus jamais nous ne lui enverrions de manuscrit. On a trouvé d’autres éditeurs depuis. Juste, il était là. On ne le perdait pas de vue. Ça faisait du bien de le savoir là, un bien fou.

dessin de François Matton

http://francois-matton.blogspot.fr/

question

 

QUESTION

 

Mais que ferais-je de l’éternité

sans cette petite cuillère en argent

que j’utilise depuis si longtemps

(elle est ma préférée)

pour remuer le sucre fondu

(entre temps je bois du vin)

dans la tasse ou le bol de café ?

 

Jacques Lèbre, L’immensité du ciel, La Nouvelle Escampette, 2016

une bonne couple de minutes

 

Ça sonne. Il est tôt et il n’y a pas cours. C’est tout ce que je sais. Pourquoi ça a sonné alors. Pourquoi je dois me lever à six heures. Ça mouline intérieur. Au nom du Ciel pourquoi me lever si matin. C’est pas la question philosophique pourquoi se lever tout court. C’est la question pratique. Philo pratique, si tu veux. Qu’y a-t-il de si crucial pour avoir programmé un réveil aussi précoce. Il me faudra une bonne couple de minutes pour me souvenir.

Voilà. Tu me demandais c’est quoi, être fatigué.