Mois: octobre 2014

J’attendais ce jour depuis toujours

 

« J’attendais ce jour depuis toujours. »

Quelqu’un, quelque part en août.

 

Je ne peux écrire le nom de ce quelqu’un (même si l’intéressé m’y autorise). Le nom de ce quelqu’un est très connu à l’étranger. Cette personne est également très célèbre dans ce pays, elle qui, lors d’une interview, répondait par ces mots à la question : « Que vous inspire ce désastre ? » On n’osa pas rapporter son propos.

Ce furent pourtant les premiers mots qui lui vinrent à la bouche alors que la tonalité générale était d’éviter toute déclaration « susceptible d’attiser le sentiment de danger ».

J’ai  demandé  :  « Pourquoi n’avez-vous pas reproduit  ses paroles  alors  que l’intéressé  le souhaitait probablement ? » Je n’ai pas réussi à obtenir de réponse claire du rédacteur en chef. Y avait-il perçu un manque de retenue ? Probablement. Craignait-il que nombre de lecteurs se reconnaissent et partagent ce sentiment ? Sans doute.

Ce quelqu’un s’est pourtant rendu dans les zones dévastées. Il a participé aux opérations de nettoyage. Il n’a cessé depuis, en raison de son activité professionnelle, de s’impliquer positivement pour réparer les effets de la catastrophe. Et pourtant, la première chose qu’il avait souhaité dire avait été : « J’attendais ce jour depuis toujours ».

 

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traduction Sylvain Cardonnel

Tomoko

 

Tomoko est assise à côté de moi.

Tomoko mesure cent cinquante-sept centimètres. Ses trois mensurations sont 76/56/83. Elle chausse du trente-huit et demi et pèse vingt-cinq kilogrammes. Ne souris pas… C’est uniquement pour qu’elle soit plus transportable… C’est mon épouse hollandaise en silicone. Elle a coûté grosso modo huit cent mille yens avec les options…

Tu penses bien que j’ai jamais eu les moyens de m’la payer. C’est le patron d’une entreprise de poupées gonflables qui me l’a offerte quand j’ai réalisé un film publicitaire sur son produit phare.

– Je n’en ai pas besoin, lui ai-je dit. Je n’en ai pas l’usage et ça ne m’attire pas.

Le patron me répondit, semblant lire en moi :

– Ne te cherche pas d’excuses. C’est juste un prêt. Emporte-la.

Tomoko est restée assise sur ce canapé depuis ce jour.

Je n’ose imaginer ce que maman aurait dit si elle avait vécu…

Si je n’allume pas la lampe,  c’est qu’au bout de quelques minutes  dans l’obscurité  Tomoko  finit par m’apparaître comme une chic fille. Que dis-je ? Comme une super chic fille…

 

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La centrale en chaleur, Genichiro Takahashi

traduction Sylvain Cardonnel

la dèche

 

Dans un entretien radiophonique,  Marguerite Duras dit  que 1 = 0.  Elle parle de ses boîtes de conserves, du riz. Elle a besoin d’en avoir  2.  Le  1 ne compte pas.   Elle  est  en manque.   Elle  explique cette mathématique personnelle par les privations dues à la guerre.  Chez moi,  ce seraient plutôt les rouleaux de papier toilette serrés dans le placard de la salle de bain, tout en bas. Quand je le remplis, c’est princier. Ils tiennent sur deux niveaux. Pas la peine de les compter, j’en ai pour toute la vie. Quand d’un seul coup, ça baisse. Je n’avais rien vu venir. À partir du moment où je peux les compter, même s’il en reste 4 ou 5, ça dégringole, ça veut dire rien, ça ne veut plus rien dire. C’est la dèche.

 

cayou4

pollution

 

Mots croisés

Animaux qui n’ont pas de dents – Ça commence par P.

Pauvres ?

 

 

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~

~

Plus tard, à la piscine :

– Ce n’est pas vous que j’ai vue, tout à l’heure, à Roger Le Gall ?

– Non

– Ils n’en finissent plus avec les travaux, là-bas.

– Ah bon ?

– Oui, ça fait six mois et pourtant quand on regarde, on ne voit pas bien la différence, ça laisse à désirer du côté des finitions.

Mes oreilles se ferment d’elles-mêmes. Je suis dans Vénus Beauté, le type entre dans l’institut, Est-ce que vous faites les finitions ? avant de se faire envoyer bouler par Nathalie Baye, de la belle façon.

il y a

 

Il y a cette idée d’une phrase unique qui s’étirerait tout au long de notre existence, une phrase qui durerait aussi longtemps que nous durons et parlons. Je pense souvent à cette phrase-existence  –  à ses pauses,  ses ralentissements,  ses tâtonnements,  ses parenthèses,  ses  emballements à plusieurs voix, ses resserrements en monologues, ses passages par le rêve et par des langues étrangères, ses étourdissements, ses phases de fatigue, d’appauvrissement, ses regains de richesse et d’énergie…

Chantal Thomas, Chemins de sable

 

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big

 

Sur la ligne 4, hier soir. Le grand frère et son cadet finissent d’approfondir un gobelet de popcorn géant. Le petit frère commence.

– N’empêche, je me demande où elle est, la plus grande pizza du monde.

Un temps.

– Moi, je crois qu’elle est faite avec 99 sortes de fromage.

– … 99 sortes de fromaaaage…

 

pat et mat

lieu commun

Il existe dans la société des couches horizontales, formées par les individus de goûts similaires, et dans ces couches les rencontres fortuites (?) ne sont pas rares, surtout quand à l’origine de cette stratification se trouve quelque caractéristique d’une minorité. Il m’est arrivé de rencontrer une même personne dans un quartier de Berlin, puis dans un petit bled presque inconnu d’Italie et, finalement, dans une librairie de Buenos Aires. Est-il raisonnable d’attribuer au hasard ces rencontres répétées ? Mais j’émets là un  lieu commun  :  tout passionné de musique, d’esperanto, de spiritisme le sait parfaitement.

Ernesto Sabato, Le tunnel

 

lux veniz