Ernesto Sabato

du cran

 

Ça m’a toujours rendue malade. Je respire minimal, yeux à terre, la suée monte, le délire peut commencer, j’imagine la panne et alors là tu fais quoi. C’est toujours comme ça quand je partage l’ascenseur de la rue du Moulin-Vert. Jamais connu cabine aussi étroite. Pour ma défense, José habite au sixième. C’est pas ce que je voulais dire. Pour ma défense il y a Sabato. Dans Le tunnel, un mari jaloux s’arrange pour coincer dans l’ascenseur de sa villa sa femme et son amant. Ça dure tout l’été. Ça ne se termine pas bien.

J’ai mis le holà. À la dame qui me suivait d’un pas décidé j’ai dit Non pardon ce n’est pas possible on ne peut pas monter à deux ça m’étouffe. Elle a ouvert les yeux comme dans les films d’animation.

C’est quoi la phrase avec ridicule, déjà ?

 

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Atsuko Nakatsugawa, Jellyfish

lieu commun

Il existe dans la société des couches horizontales, formées par les individus de goûts similaires, et dans ces couches les rencontres fortuites (?) ne sont pas rares, surtout quand à l’origine de cette stratification se trouve quelque caractéristique d’une minorité. Il m’est arrivé de rencontrer une même personne dans un quartier de Berlin, puis dans un petit bled presque inconnu d’Italie et, finalement, dans une librairie de Buenos Aires. Est-il raisonnable d’attribuer au hasard ces rencontres répétées ? Mais j’émets là un  lieu commun  :  tout passionné de musique, d’esperanto, de spiritisme le sait parfaitement.

Ernesto Sabato, Le tunnel

 

lux veniz

manie

À l’époque où j’avais des amis, ils se moquaient souvent de ma manie de choisir toujours les solutions les plus compliquées : moi, je me demande pourquoi la réalité devrait être simple. Mon expérience m’a appris qu’au contraire, elle ne l’est pour ainsi dire jamais et que, quand quelque chose paraît extraordinairement clair, ou qu’une action semble obéir à une cause toute simple, presque toujours il y a par en-dessous des mobiles plus complexes.

Ernesto Sabato, Le tunnel

 

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