Jellyfish

du cran

 

Ça m’a toujours rendue malade. Je respire minimal, yeux à terre, la suée monte, le délire peut commencer, j’imagine la panne et alors là tu fais quoi. C’est toujours comme ça quand je partage l’ascenseur de la rue du Moulin-Vert. Jamais connu cabine aussi étroite. Pour ma défense, José habite au sixième. C’est pas ce que je voulais dire. Pour ma défense il y a Sabato. Dans Le tunnel, un mari jaloux s’arrange pour coincer dans l’ascenseur de sa villa sa femme et son amant. Ça dure tout l’été. Ça ne se termine pas bien.

J’ai mis le holà. À la dame qui me suivait d’un pas décidé j’ai dit Non pardon ce n’est pas possible on ne peut pas monter à deux ça m’étouffe. Elle a ouvert les yeux comme dans les films d’animation.

C’est quoi la phrase avec ridicule, déjà ?

 

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Atsuko Nakatsugawa, Jellyfish

comme si c’était hier

 

Je me souviens que pour ce plan

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il fallait que rien ne se passe.

Absolument rien.

Aura suffi que je dise Action !

pour que, fatal, passe un ferry

surgi de nulle part.

Des plombes  on a attendu qu’il disparaisse.

~

~

Après, ce furent les oiseaux.

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Si, je te jure,

des oiseaux,

une multitude.

Par vagues.

~

~

Il en va toujours ainsi quand pour une fois,

la seule fois de ta vie,

tu as envie que RIEN ne se passe.

 

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Jellyfish, film 8mm, 80mn, 2003