journal

hier

 

– Tu me croiras jamais…

– Quoi ?

– Hier, j’ai pas eu cours à cause des manifestations qui passaient dans le quartier. Je l’ai appris dans le bus qui m’amenait à l’école !

– Nan !

– Si ! Toute la journée de libre, mon vieux !

– Et qu’est-ce que tu as fait ?

– Ben… j’ai fait mon lit…

clef de fa

 

Un rien tiguée ces derniers temps

J’annule tout, docteur, c’est normal ?

Me feriez-vous la veur d’un conseil ami ?

– Tal, c’est la saison… ut pas s’en ire, m’a-t-elle répondu,

un rien raude

vitamine D, manque de vitamine D chez chacun chez chacune

total : z’allez m’ire une cure

 

Loin d’en être natique,

j’entrevois

je dors dur

et prends cette D vitamine

milière mais loin d’être ma vorite

 

Moi, je préfère la rigoule

moins rouche et plus goûteuse

mais j’obéissons

 

et voilà-ti pas

que la tigue s’en va ?

 

pierres tiguées (à qui la ute ?)

ma cruelle

 

Du jardin elle me rapporte triomphale deux boas – couleur lapin, un rien râpés, tombés d’on ne sait où – une motte de terre, un nounours nain, un escargot…

Ma chasseresse.

 

 

Ça caille sec

 

GEL

 

Dans la rue, nous sommes début décembre,

je croise des gens qui ont l’air frigorifiés

et je me demande comment ils feront

si demain ou après-demain il fait moins dix.

 

Et comment font les canards sur les étangs

quand l’eau passe de l’état liquide à l’état solide,

et les poules d’eau au bord des ruisseaux ?

 

Oh ! comme cela peut être blanc et beau

les cristaux de gel sur les branches des arbres !

 

Je regarde de nouveau les gens frigorifiés

mais éparpillés dans la perspective du boulevard

comme si soudain je les voyais tous figés

dans une peinture accrochée au mur d’un musée.

Heureusement, me dis-je, que l’air ne gèle pas.

 

Jacques Lèbre, AIR, ©le phare du cousseix, 2019

venu le froid

Savoir ce que tout le monde sait, c’est ne rien savoir. Le savoir commence là où commence ce que le monde ignore. La vraie science aussi est située au-delà de la science.

J’estime les animaux. Voyez l’écureuil : il se réveille, broute les jeunes pousses, fait l’amour, guette les noisettes, en croque, en cueille dont il emplit son nid, grimpe aux arbres, redescend, bondit, joue ; venu le froid, il s’endort.

– Mais l’homme n’est pas un écureuil !

– L’homme est un écureuil prétentieux.

Remy de Gourmont, Des pas sur le sable…

dark side

Dans ma Petite grammaire ewondo du père François Pichon, j’apprends très vite à dire J’aime, tu aimes, il aime… Et le diable de s’approcher en douce par derrière pour me souffler Oké, si tu veux, mais comment dit-on Je n’aime pas.