journal

Odette

Odette a des soucis

Va-t-elle devenir timbrée à l’instar de sa daronne

Elle entrevoit des choses dans la transparence de l’air

des bidules

des bricoles

des fantomeries

Et sa queue s’épaissit, puisqu’Odette est un chat

***

Chat de jeudi

chat de chaque jour

mon vieux chat de cinq ans.

démissions (1)

pour Sylvain

Elle ne veut pas sortir de la salle. Ce n’est pas le mot. Elle ne sort pas de la classe, c’est tout. Elle n’en sort pas. Comment en sortir. Elle ne sait plus. Elle a su. Hier encore elle savait. Elle avait pu ramasser ses affaires. Haut la main. C’est comme un trou de mémoire. Comme si elle était tombée dans un trou de mémoire.

Ça m’apprendra

D’abord un gros rond rougeaud. Le médecin que j’allais voir pour une angine me rassure – C’est bien que votre corps réagisse à une piqûre d’insecte, ça fonctionne, c’est bien.

Juste, ça démange furieux et au bout de deux jours, c’est une plaque chauffante qui me tient tout le gras du bras, forgive my French. La pharmacienne me conseille  une crème hydrocortisonée et des antihistaminiques, ce qui ne me soulage guère.

Envie d’un remède miracle, d’une voix amie. C’est alors qu’Internet me souffle : Portez des manches longues.

portrait du pape Pie VII
Fanny ROBERT, d’après DAVID

À bientôt (3 et fin)

Quelqu’un qui regarderait ma bibliothèque et à qui je dirais que je suis ignorant jouerait peut-être l’étonnement. Pourtant, c’est la vérité, lire ce n’est pas tellement apprendre (au sens scolaire du terme), c’est recevoir, un peu comme la terre reçoit la pluie, et l’absorbe. Un livre, en quelque sorte, vient humidifier notre terreau.

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Dans ses conversations avec Claude (Rouquet) (ça et 25 centimes publié à L’Escampette), Alberto Manguel relate cette rencontre sur le bateau qui l’amenait en Europe en 1969 : un monsieur faisait des allers et retours Le Havre – Buenos-Aires, pour son plaisir. Il louait une cabine de première classe, faisait la traversée, restait une journée à Buenos-Aires, puis il reprenait le bateau en sens inverse pour Le Havre. Il habitait près de la place d’Italie. Il s’appelait Fred Bérence, il était écrivain, quelques petits textes, dans un style très sobre. Il avait écrit sur Byzance, sur l’Égypte. C’était un homme très cultivé… Il a raconté à Alberto Manguel qu’il avait rencontré Kafka et beaucoup plus tard Manguel découvrira un livre aux éditions Actes-Sud : Deux soirées avec Kafka, par Fred Bérence. Manguel qui n’avait pas d’argent lorsqu’il est arrivé à Paris a d’abord logé chez lui : Il m’a accueilli dans ce petit appartement où j’avais mon sac de couchage par terre. Il mangeait très misérablement des ravioli « buitoni » qu’il faisait chauffer sur un petit poêle. Jour après jour, nous mangions des raviolis.

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Parfois, quand je vois passer des gens dans la rue, du balcon où je fume une cigarette, je me pose la question : vers où vont-ils ? C’est parce que je connais la réponse qu’ils ont soudain toute ma sympathie. C’est comme un secret, que l’on partage.

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Une vieille dame qui marche plutôt difficilement descend la rue le Dantec en parlant toute seule au niveau du tournant : « Je hais, je hais ce quartier tout de travers ! »

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Cela ne se vérifie peut-être pas chaque fois, mais plus les immeubles sont récents et plus les fenêtres sont petites. Et les poèmes ? Et les romans ?

Jacques Lèbre, À bientôt, Isolato, 2022