Auteur : placide99

À propos de placide99

"Il n'avait plus de clefs depuis bien longtemps, depuis qu'il les avait perdues au cimetière en creusant un trou pour l'idiot du village, terrassé par une division à virgule." Joël Egloff, Edmond Ganglion & fils. Susceptible de finir idem, terrassée par une division à virgule. Très possible. www.ifnothinghappens.com

1999

Retrouvé ces jours-ci par hasard s’il existe ce poème paru dans le magazine franco-japonais « Les Voix ». C’était en 1999. Tu le crois ?

IL

Il m’a appris la chose la plus simple du monde, la plus universellement connue sauf de moi, la plus rassurante aussi, que rien ne peut rivaliser avec la lumière du soleil, rien

Il m’a appris toute chose élémentaire

que le premier mouvement qu’on fait pour marcher n’est pas de lever le pied mais de se pencher en avant

que tout ce que je dis pourra être retenu contre moi

Il m’a appris câlin – câlinou – câlin – câlinou – câlinou – câlinette (bis) avec la voix qui monte à la fin

Il m’a appris que le plus beau livre s’appelle Quand les courges étaient en fleur

et que Pasternak, c’est pas mal non plus

Il m’a appris le quartier des Batignolles avant Barbara

Il m’a appris The Clash

Il m’a appris que j’étais une petite-bourgeoise parce que ça alors vraiment je savais pas. Je buvais du vin, je savais pas

Il m’a appris les dunes de la Somme

Il m’a appris que les Beaux-Arts, c’est pas le top

Il m’a appris que j’avais souvent l’air étonné

Il m’a appris après 10 ans de séparation que c’était pas grave, qu’on pourrait peut-être avoir un enfant

qu’il y a des gens qui ne changent pas

que la marche, c’est un bon moyen de lutter

Il m’a appris qu’il trouvait de temps en temps des tickets de métro (neufs) par terre

Il m’a appris qu’il pouvait vivre avec 10 francs par jour

Il m’a appris sa fontaine préférée

Il m’a appris la fragilité du martinet, qui meurt si on l’encage.

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Et je n’ai pas la moindre photo de Mitja. Tu le crois ?

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vichyssoise (fin)

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Une infirmière préposée à la sacro-sainte illutation agite sa main gantée de caoutchouc à l’adresse, tout là-bas, du sosie d’Édouard Philippe (en peignoir). Qui lui rend avec élégance un signe d’intelligence. Après quoi il entreprend de la rejoindre, lentement, solennellement, comme aimanté.  J’ai vraiment l’impression qu’ils vont s’en rouler une. S’arrêtent juste à temps.

– Méfiez-vous d’elle, glisse Édouard à un jeune peignoir obèse sagement assis qui n’avait rien demandé, elle va vous en-glu-er.

Rires de gorge de l’infirmière.

– Ça va être votre fête… n’ajoute-t-il pas.

C’est mon dernier jour. Je ne suis plus une bleue. Mes yeux se dessillent. Je repère les plans drague. Le mono de mobilisation et le maillot multicolore ; ce rebelle et cette jaune ; P3 et P4  et le masseur sous l’eau… Sous la blancheur duveteuse des peignoirs ou des blouses, ça mouille sec – pardonne l’oxymore.

Les thermes ? Temple de l’érotisme, vaste baisodrome… pas la première année toutefois. Et chacun, chacune de me dire d’un ton appuyé À l’année prochaine.

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vichyssoise (13)

– Mon peignoir ! On m’a pris mon peignoir !

Effectivement, la vieille dame trottine dans le plus simple appareil, sandales fluo aux pieds, bras levés au ciel, invoquant les dieux des thermes, cul nu quoi. Mi-figue mi-rigolarde, elle zieute les autres peignoirs.

– Qui qui m’a barboté mon peignoir et ma serviette, bande de gueux ?

Les peignoirs demeurent dignes, l’air préoccupé  cependant. La nudité n’est jamais publique, ça ne se parle pas, ça ne se montre pas, ça se passe entre praticien et curiste. Elle casse les codes cette conne.

Elle s’agite de plus en plus, agrippe le col de tel ou tel peignoir

– Rends-le-moi ! C’est le mien !

On dirait un feu follet. Les infirmières doivent être en pause.  Un vieux beau la rembarre, Ça suffit à la fin ! Allez en demander un à qui de droit ! Une employée surgie des vestiaires lui vient finalement en aide. On vient d’éviter la camisole.

Sladit, depuis cet épisode, les peignoirs ont mué. Un genou se montre ici, une épaule là. Les ceintures se dénouent ; ça s’ouvre, ça met un certain temps à se refermer, ça se relâche, ça revit.

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