Sylvain Cardonnel

comment c’était

 

Dessert time. Sylvain s’éclipse entre pêche et figue. Derrière la maison, au fond du jardin, il s’est aménagé un fumoir. Je le rejoins une fois sur trois jusqu’au banc de pierre pour deux personnes à tout casser. Il fait nuit. Fumer reprend du sens. Ce n’est pas tirer sur une cigarette devant le cendrier désolé d’une smoking zone – pas de cendrier d’ailleurs sinon un bol empli d’eau. Ça devient autre chose.

Une retraite, un repaire où le chercheur peut méditer à loisir, au hasard Être ou ne pas être Numa Shôzo ?  Une respiration dans le noir et le silence. À part le chant des derniers grillons et le bzzz de quelques moustiques sympathiques – tant qu’on fume.

 

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J’attendais ce jour depuis toujours

 

« J’attendais ce jour depuis toujours. »

Quelqu’un, quelque part en août.

 

Je ne peux écrire le nom de ce quelqu’un (même si l’intéressé m’y autorise). Le nom de ce quelqu’un est très connu à l’étranger. Cette personne est également très célèbre dans ce pays, elle qui, lors d’une interview, répondait par ces mots à la question : « Que vous inspire ce désastre ? » On n’osa pas rapporter son propos.

Ce furent pourtant les premiers mots qui lui vinrent à la bouche alors que la tonalité générale était d’éviter toute déclaration « susceptible d’attiser le sentiment de danger ».

J’ai  demandé  :  « Pourquoi n’avez-vous pas reproduit  ses paroles  alors  que l’intéressé  le souhaitait probablement ? » Je n’ai pas réussi à obtenir de réponse claire du rédacteur en chef. Y avait-il perçu un manque de retenue ? Probablement. Craignait-il que nombre de lecteurs se reconnaissent et partagent ce sentiment ? Sans doute.

Ce quelqu’un s’est pourtant rendu dans les zones dévastées. Il a participé aux opérations de nettoyage. Il n’a cessé depuis, en raison de son activité professionnelle, de s’impliquer positivement pour réparer les effets de la catastrophe. Et pourtant, la première chose qu’il avait souhaité dire avait été : « J’attendais ce jour depuis toujours ».

 

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traduction Sylvain Cardonnel

Tomoko

 

Tomoko est assise à côté de moi.

Tomoko mesure cent cinquante-sept centimètres. Ses trois mensurations sont 76/56/83. Elle chausse du trente-huit et demi et pèse vingt-cinq kilogrammes. Ne souris pas… C’est uniquement pour qu’elle soit plus transportable… C’est mon épouse hollandaise en silicone. Elle a coûté grosso modo huit cent mille yens avec les options…

Tu penses bien que j’ai jamais eu les moyens de m’la payer. C’est le patron d’une entreprise de poupées gonflables qui me l’a offerte quand j’ai réalisé un film publicitaire sur son produit phare.

– Je n’en ai pas besoin, lui ai-je dit. Je n’en ai pas l’usage et ça ne m’attire pas.

Le patron me répondit, semblant lire en moi :

– Ne te cherche pas d’excuses. C’est juste un prêt. Emporte-la.

Tomoko est restée assise sur ce canapé depuis ce jour.

Je n’ose imaginer ce que maman aurait dit si elle avait vécu…

Si je n’allume pas la lampe,  c’est qu’au bout de quelques minutes  dans l’obscurité  Tomoko  finit par m’apparaître comme une chic fille. Que dis-je ? Comme une super chic fille…

 

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La centrale en chaleur, Genichiro Takahashi

traduction Sylvain Cardonnel

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photo : Sylvain Cardonnel

Imagine,  sans  prévenir,  à plusieurs milliers de km,  ton meilleur ami t’envoie des images de fête,  comme ça,  histoire de  te  faire sourire.   Il  doit  faire  bien chaud  encore  à  Kyoto.   Au  Jisô-bon,  cette année, une première :  le nagashisômen – quelque chose  comme « flot de nouilles » ou « nouilles  flottantes ».  Les sômen, blanches et fines  à  la  limite  de  la  finesse, glissent au fil des glaçons le long du lit de bambou. Ah, les pêcher,  toutes  fraîches, avec les kids,  pour  les  tremper ensuite dans un clair dashi ad hoc !

Comment dire, c’est dimanche.