dérailler

gangs de chats

 

Une chose unique, un biset isolé, et là il faudrait une bouée oubliée pour faire trois et c’est moi. Pas forcément en mauvais état, ne rien exagérer. Et c’est moi. Mais ça ne marche pas à tous les coups, avec un gant, une chaussure, un jumeau esseulés, ça ne marche pas du tout.

Alors qu’une volée de goélands, ça n’a rien de commun,  une boîte d’allumettes, un parterre de  fleurs – et là il faudrait préciser lesquelles mais je les connais mal – bref des galets et des carnets de timbres, des forêts de mélèzes et des gangs de chats, c’est les autres.

Des cintres, c’est les autres mais un cintre croisé par hasard, c’est moi, voilà. Tu vois ? (et encore, j’abrège)

 

 

sérendipité

Je cherchais un texte, ne l’ai pas retrouvé, mais à la place une vieille chose qui date des années Smoking rouge quand je lisais et relisais les romans de Jean Echenoz pour y puiser des merveilles.  J’ai trouvé l’exercice toujours aussi riant aujourd’hui. Voici le B, extrait de l’abécédaire que tu peux lire en entier dans la page Carnets, sous le titre MAL (je trouve ça pas).

 

BANQUISE (au bon vieux temps de la)

BASE (une basilique de)

BATTEMENT (une vie de mouche n’est qu’un)

BÉTON (vous avez tout de suite plein de trucs, vous pouvez très vite en trouver plein d’autres, vraiment le cheval est le point de départ idéal pour une conversation, l’incipit en)

BIEN (ce n’est pas si mal, Chostakovitch, il y a des quatuors très très) (elles sont) (et puis la couverture est) (l’avion non plus, je ne comprends pas très)

BILLE (vu la tête que faisait)

BIOLOGIQUE (abominablement)

BLEU (rareté des hommes en)

BOBIGNY (une chose intitulée Brouillon de macreuse)

BOCCARA (j’ai perdu)

BOL (manque de)

BON (sur la ligne qui sépare le mauvais dix-septième du)

BRAS (il sort de la chambre pendant que Shirley McLaine descend l’autocar, sa peluche sous son)

BRUN (des omelettes bordées de)

BRUTE (son air de)

BUFFET (l’édition de poche d’un roman d’Annabel)

une bonne couple de minutes

 

Ça sonne. Il est tôt et il n’y a pas cours. C’est tout ce que je sais. Pourquoi ça a sonné alors. Pourquoi je dois me lever à six heures. Ça mouline intérieur. Au nom du Ciel pourquoi me lever si matin. C’est pas la question philosophique pourquoi se lever tout court. C’est la question pratique. Philo pratique, si tu veux. Qu’y a-t-il de si crucial pour avoir programmé un réveil aussi précoce. Il me faudra une bonne couple de minutes pour me souvenir.

Voilà. Tu me demandais c’est quoi, être fatigué.

faith

 

La confiance absolue, ce serait quoi pour toi ?

Attends deux secondes, que je réfléchisse… Ben voilà,  j’avais un nounours. Assez petit, plutôt blanc, avec deux petits yeux bleus. On lui avait mis une guenille autour du cou parce que c’était vraiment maigre à cet endroit-là et ça faisait bizarre. Et puis un jour, après un lavage, il a eu les yeux marron. Eh bien, c’était toujours mon nounours. Avec de gros yeux marron. Et j’avais raison. Et c’est ça, mon vieux, la confiance. Enfin, je crois.

 

rêves (suite)

 

J’ai aussi rêvé qu’on m’enlevait. On m’emmenait dans un endroit sombre où gisaient déjà d’autres kidnappés, la tête posée sur des coussins. Un son de cloche. Des accords. Des voix. On était bien. On n’avait pas envie de s’échapper. Dehors, c’était dimanche. J’ai suivi mes ravisseurs dans les rues anciennes. Un portail s’est ouvert tout seul et nous nous sommes retrouvés à Venise. C’était l’été. Au fait, j’y pense, ce n’était pas un rêve.