le diable

« Aux séparés »

 

« Aux séparés » – Telle est la dédicace de  Pense aux pierres sous tes pas. Voici le prélude :

Les mots que vous allez lire n’ont d’autre ambition que de témoigner de notre histoire, depuis notre enfance compliquée jusqu’aux temps de l’apaisement.

On ne nous a pas payés pour le faire.

On n’en a rien à foutre d’être payés.

On voulait le faire parce qu’on ne dit pas assez que les ombres peuvent être terrassées.

Et qu’on a tous besoin de clarté.

Si ça te laisse de glace, que tu n’es pas chaviré, comment dire, c’est que le diable, une fois encore, s’en serait mêlé ?

 

Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, éditions Verdier, 2018

la guerre

 

Il est là. Il est revenu. Me coupe la respiration sans prévenir. Me montre ÉPILOGUE sur une affiche publicitaire de métro. Me chatouille de façon tout à fait désagréable. Égare mon beau parapluie mauve. Fait disparaître infortunément la paire de chaussettes antidérapantes que je venais de m’acheter. M’asticote la nuque. M’agace les gencives. Fait gonfler mon ventre sans raison. M’épuise par le milieu. Me donne cet air hagard que je connais si bien. De retour, je te dis. Avec toute une colonie d’insectes à sa solde.

Si tu crois que je vais me laisser intimider.

il était un foie

 

Histoire vraie. C’est arrivé dans le XIIe arrondissement. Un boucher était amoureux d’une fleuriste. Or, le métier de son amoureux la dégoûtait. Il aimait sa belle et abandonna la vianderie. Plus encore, il devint fleuriste à son tour. Avait-il encore du sang sur les mains ? Toujours est-il qu’elle le quitta très vite.

Et tu ne me crois toujours pas quand je te dis que Satan existe ?

 

pourquoi s’arrêter en si bon chemin

 

Un matin, à Toyonaka, Lalou m’avait ramené un verdier, inerte, dans sa gueule. Au-dessus, je voyais les yeux rieurs de Lalou, réjouis au-delà du réjouissement, Vois, c’est pour toi. Mulots, moineaux, tout ce qui était petiot, elle me l’offrait. À part les mulots à qui elle avait déjà tordu le cou à 180º, les ziaux étaient toujours vivants. Il suffisait d’éloigner le chat, de les prendre et de les ranimer avec un peu d’eau sur le bec, puis d’aller les déposer dans un jardin, le plus loin possible de la maison. Ce que je fis pour le verdier.

Las, l’après-midi même, tandis que je parlais au téléphone, je me retournai machinale et vis sur le tatami l’oiselet vert, pour de bon inanimé. Mort pour de vrai.

Dans cette répétition, j’avoue, j’ai vu quelque chose de diabolique.