le diable

pourquoi s’arrêter en si bon chemin

 

Un matin, à Toyonaka, Lalou m’avait ramené un verdier, inerte, dans sa gueule. Au-dessus, je voyais les yeux rieurs de Lalou, réjouis au-delà du réjouissement, Vois, c’est pour toi. Mulots, moineaux, tout ce qui était petiot, elle me l’offrait. À part les mulots à qui elle avait déjà tordu le cou à 180º, les ziaux étaient toujours vivants. Il suffisait d’éloigner le chat, de les prendre et de les ranimer avec un peu d’eau sur le bec, puis d’aller les déposer dans un jardin, le plus loin possible de la maison. Ce que je fis pour le verdier.

Las, l’après-midi même, tandis que je parlais au téléphone, je me retournai machinale et vis sur le tatami l’oiselet vert, pour de bon inanimé. Mort pour de vrai.

Dans cette répétition, j’avoue, j’ai vu quelque chose de diabolique.

 

légende

Pour Sylvain

 

 

Mérimée raconte une légende que j’ai toujours à l’esprit : comment don Juan, se promenant chaud de vin, sur la rive gauche du Guadalquivir, demanda du feu à un homme qui passait rive droite en fumant un cigare, et comment le bras du fumeur (qui n’était autre que le diable en personne) s’allongea tant et tant qu’il traversa le fleuve et vint présenter son cigare à don Juan, lequel alluma le sien sans sourciller et sans profiter de l’avertissement, tant il était endurci.

 

Franck Venaille, C’est nous les Modernes