Mois: Mai 2015

dans la cuisine

 

Une fois de plus, le feu s’est déclaré  dans la cuisine ; mais nous avons tous été si rapides à réagir qu’il était déjà éteint quand le pompier est arrivé – et pourtant, il est arrivé presque tout de suite ; il n’y avait vraiment rien à lui reprocher. Du coup, comme il n’avait plus rien à faire, le pompier est resté dans notre cuisine, dans sa tenue de pompier, avec interdiction de lui parler.  Les jours ont passé, et nous avons toujours entre le frigo et la cuisinière ce pompier qu’il nous faut contourner pour atteindre l’évier. C’est agaçant car notre cuisine est plutôt exiguë, et nous sommes nombreux à l’utiliser ; et il reste là, bêtement, à nous regarder dans nos allées et venues, en attendant sans doute qu’un nouvel incendie se déclare.

Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux

une vie de chien

 

Le poids de la vie pour certains. Je leur dois bien ça. Sans un regard pour leur maître, je souris aux chiens que je croise dans la rue, quelles que soient leur bobine, leur dégaine. Il arrive que l’un ou l’autre se retourne sur mon passage, pour vérifier qu’il n’a pas rêvé.

en bas à gauche

 

J’avais bien vu qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, mais je ne savais pas quoi. Comme ni manger un hot-dog ni regarder la télé ni aller faire pipi ni faire une sieste sur le canapé n’ont arrangé les choses, j’ai creusé un peu la question et, en bas à gauche, j’ai vu que j’étais triste. J’ai même appris pourquoi : apparemment c’est parce que quelqu’un est mort. Quelqu’un que je connaissais, évidemment – mais je ne sais pas qui. Il va falloir que je mène toute une fastidieuse enquête pour savoir qui manque à l’appel.

Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux

fata morgana syndrome

 

Et s’il y avait dans la vie un moment où l’on puisse tout recommencer. On va mourir et puis non, on se retrouve à un point crucial  de ton existence qui te dit vas-y, think again. Me demande un peu où je me retrouverais. Le jour où je suis partie pour le Japon, la nuit où je suis revenue, les deux mon capitaine ?

La merveille de Fata Morgana de William Kotzwinkle, c’est que le détective, revenu aux lieu et heure où il a la possibilité de changer d’avis, suit exactement le chemin qu’il avait emprunté la première (?) fois. Respect.

 

epouvantail

plop !

 

Interlude horticole

Il aime le « plop ! » que fait un arbre quand il le plante. Une forêt, c’est « plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! »

Et puis après ils se reproduisent tout seuls.

En silence.

Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux