musique les cigales
et Manuel Bienvenu
musique les cigales
et Manuel Bienvenu
Me suis attelée durant ce séjour à ne pas trop marcher dans mes traces de pas. Fréquenter la piscine le matin n’est pas de la répétition mais une drogue particulièrement sympathique. Sinon, pas erré dans mon ancien quartier. Pas poussé la porte du bar Fantôme. Pas acheté d’encens.
Difficile pourtant d’ignorer le marché de Kitano-Temmangu qui a lieu chaque 25 du mois. Je n’y avais pas mis les pieds depuis deux ans. La dernière fois était particulièrement joyeuse. Hier, la foule était moins dense, le ciel bas, les prix un scandale. Vite, fuir les marchands du temple.
Fortunément, la petite chérie était là, celle à qui tout le monde flatte la tête avant de se frotter la sienne. On lui caresse aussi le dos et le ventre, toutes les parties du corps. Après avoir touché ses pattes, une vieille dame n’en finissait plus de se marteler les jambes. On aurait dit une danse.
Je lui ai dit que je rentrais mardi.
Elle m’a dit Je sais bien, va.
Ta tête est partie loin, à l’aéroport, bagage enregistré, en plein vol maintenant et bientôt dans ton quartier, elle est déjà rentrée en France ta tête quand on vient lui dire que non. Au corps de s’y faire, maintenant, à ce guingois.
Il se déplace dans la ville familière, différente. Ce n’était pas le décor prévu, cette île flottante. Les voisins lui disent Alors, vous êtes encore là ? Et pour combien de temps ? Sourires confus. Gestes en l’air.
Imagine le jour où personne ne te posera plus la question car on ne te verra plus vraiment, tu seras là sans être là. Ne serait-ce pas cela, être fantôme, aller et venir, aller et revenir sans qu’on te remarque plus que ça. Pas si mal, finalement. Ah,
rester là indéfiniment
à manger des aliments blancs
photo : Sylvain Cardonnel
Imagine, sans prévenir, à plusieurs milliers de km, ton meilleur ami t’envoie des images de fête, comme ça, histoire de te faire sourire. Il doit faire bien chaud encore à Kyoto. Au Jisô-bon, cette année, une première : le nagashisômen – quelque chose comme « flot de nouilles » ou « nouilles flottantes ». Les sômen, blanches et fines à la limite de la finesse, glissent au fil des glaçons le long du lit de bambou. Ah, les pêcher, toutes fraîches, avec les kids, pour les tremper ensuite dans un clair dashi ad hoc !
Comment dire, c’est dimanche.