journal

bestiaire (suite)

 

D’accord, on joue.

Mon meilleur ami est un lynx. J’ai des amis chats, des amis oiseaux, toute une flopée de cervidés dont une biche blond cendré, un chevreuil aux aguets. Une amie moufette j’ai, et une amie baleineau, un ami hibou, un ami renard, une amie meidosemme, une sauterelle brune. J’ai été folle d’un cheval fou au début des années 2000. Pas mal amourachée ensuite d’un jeune cygne. Pas oublié non plus cette histoire avec un éléphant en majesté. Et puisque tu insistes, il y eut assez récemment un lion aux yeux bleus, voilà.

Et lui ?

Quoi, lui ?

Ben lui, quoi.

Qui, lui ?

Lui, là.

Là-bas ?

Oui, là.

Ah, lui… C’est un peu plus compliqué.

Comment ça ?

Comment dire…  lui, c’est un arbre.

choses qui

choses qui abattent

le bruit de la tronçonneuse

est-ce un bruit

et puis il y avait un nid tout là-haut

Mignonne, allons voir si la rose

rien à faire, ça ne passe pas

mon petit page, trop vite reparti

étanchéité

assurément le mot préféré du jardinier

s’il ne l’a pas proféré cent fois l’autre matin

 

akashiro

~

choses qui revigorent

un vieux menuet de Ravel joué par Samson François

la palombe venue ce matin non pour chercher de quoi becqueter mais trouver de quoi faire un nouveau nid, quelle santé

les roses, les lauriers-roses, l’érable

les amis, mon vieux, les amis !

 

princes

béguin syndrome

 

Il y a ces périodes bénies de détachement. Elles peuvent durer des mois, des années. Tu vois les choses, les êtres, tu les apprécies, tu n’interviens pas. Tout est à sa place.

Puis tout à trac, le monde s’inverse, tu te retrouves dans le tableau, tu veux y jouer un rôle, tu tombes amoureux de tout ce qui bouge.

S’il te plaît, ne bouge plus.

Allez, les autres, bougez, bougez !

de l’éphémère

 

Depuis que j’ai provisoirement intitulé mon manuscrit Le grand méchant Loume, je vois des loumes partout. Chez l’Artisan parfumeur, chez Camille Becquet dans son exquis Manger, dans des articles de revue – j’exagère à peine, que viennent faire ces loumes marins dans le dernier numéro de Sciences et avenir, avril/mai, p. 81, l’article est chavirant, j’avoue, merci Anne. Jusqu’à Iris, la petite voisine, qui chante à tue-tête Loume, y es-tu, sous prétexte qu’elle n’a pas école. Diable, diable…

Je crois que je vais devoir changer de titre provisoire. Et pourquoi pas Le capital sympathie des papillons ?

clic

 

Dans le tramway 3a, une fillette en poussette plonge régulièrement sa menotte dans un sac de bonbons tout en regardant autour d’elle avec assurance. Soudain, elle se fige. Debout, côté fenêtre, une grande personne en costume est en train de démaillotter une sucette. L’enfant arrondit la bouche, ouvre grand ses yeux myosotis, oublie tout. Le monde se craquèle. L’homme se sent observé, rend son regard à la gourmande. Intense émotion de part et d’autre.

Clic.

colin-maillard

 

Une énigme à résoudre et c’est comme si je me bandais les yeux moi-même . Je cherche un peu, pour rire, abandonne très vite, m’y remets mollement, à la paresseuse, tournoyant dans toutes les fausses directions. Jusqu’au moment où – choisis ton onomatopée, ô lectrice, ô lecteur – c’est limpide. Adieu, bandeau. C’était là, devant moi, même pas caché. Quand ça crève les yeux, on n’y voit plus rien.

Flashback. Je chausse des lunettes pour la première fois. Je trouvais naturel de voir flou quand un objet se trouvait au loin (dame, il est tout là-bas). L’oculiste m’apprend que non. L’idée de porter lunettes m’amuse, c’est beau les lunettes. Je déchante sec le premier jour. Voir net, ça donne le vertige.

Tâches de la semaine : relire La lettre volée, revoir Vertigo, passer un test d’intelligence.