Auteur : placide99

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À propos de placide99

"Il n'avait plus de clefs depuis bien longtemps, depuis qu'il les avait perdues au cimetière en creusant un trou pour l'idiot du village, terrassé par une division à virgule." Joël Egloff, Edmond Ganglion & fils. Susceptible de finir idem, terrassée par une division à virgule. Très possible. www.ifnothinghappens.com

du propre

N’empêche que ça en arrange bien certains… Vous dites ? Je dis que le malheur des uns… Non, vous voulez pas dire, vous voudriez pas… Comme je vous le dis, non mais demandez-vous un peu à voir à qui le crime profite ? Il avait pas d’assurance, Kai-san ? Qui vous parle d’assurance, je vous cause crime, moi, Madame, et crime avec prémonition encore, faudrait avoir des ornières pour rien voir ! Mais à qui à qui ? Eh bien disons qu’un certain propriétaire aurait eu des idées de parking au lieu d’un repaire à communistes, je dis ça, j’ai rien contre Kai-san qu’a toujours été un bon ptit gars… Un parking à voitures ? Évidemment, pas un parking à chevaux, vous avez bu ou quoi, un truc qui paie… C’est quand même une drôle d’idée ça, un parking… Enfin je dis ça, c’était peut-être bien un building qu’il voulait construire à neuf avec tout le bazar moderne, est-ce que je sais, est-ce que je vous parle, où en étais-je, oui, laissez-moi vous dire que ça date pas d’hier leurs bisbilles, bref, ce que j’en dis c’est que ça l’arrange bien, matériellement parlant, je veux dire, le propriétaire. Alors vous pensez que… Bon, c’est pas le tout mais j’ai ma comète sur le feu, moi, Madame, bien le bonjour.

 

mami

©KAI Fusayoshi

lettre à Kai-san

Cher Kai-san,

親愛なる甲斐さん

Je n’arrive pas à croire, et ne suis pas la seule,

まだ信じられない、私だけじゃないと思うけど

que Honyarado

ほんやら洞が

honyarado

ait brûlé,

焼けてしまったなんて

comme ça, au petit matin,

いとも簡単に、夜明けに

café brûlé

焼けたカフェ

pas mort d’homme

死者なし

mais bel et bien mort de négatifs

でも確かにネガを失った

mort de tirages

プリントを失った

mort de toute une partie de ta vie photographique

貴方の写真生活の大部分を失った

Je me souviens

思い出す

que c’est à Honyarado

それはほんやら洞だった

qu’avait eu lieu la première de Jellyfish, projeté en 8mm

ジェリーフィッシュの最初の8ミリ上映は

– la gloire, pas moins

とても名誉なこと

Honyarado, c’était le jour

ほんやら洞は昼

Hachimonjiya, la nuit

八文字屋は夜

il nous reste la nuit, pas vrai

もう夜しか残っていない、のですね

 Je pense à tous les kids

子供達を思う

kid serviette

grâce à qui

彼らのおかげで

kid ete

c’est toujours l’été

いつも夏

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à toutes les belles

美女たち

bijin2

  les très-belles

凄い美女たち

bijin

clic !

カシャ!

à toutes celles

彼女たち

dames

tous ceux

彼ら

jeu de go

 qui vivent pour toujours

永遠に生きている

velo kai

dans tes livres de photo

貴方の本の中で

pecheur kai

même si

たとえ

vieux

la vie n’est pas douce

人生は甘くなくても

povret

tous les jours

毎日

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loin de là

それどころかはるかに厳しい

et puis aux chats

そして猫も

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Ryotaro me dit

リョウタロウが言う

ryo

que tout le monde va bien s’occuper de toi.

みんな甲斐さんの面倒をみるよと

Du coup, je me demande un peu ce que je fiche ici,

そこで私はちょっと考える、私はここで何をしているのだろう

au lieu d’être à Kyoto avec vous.

貴方たちと一緒に京都にいないで

trad. Sae et Sylvain Cardonnel

© Kai Fusayoshi

kaisan

les quatre points cardinaux

 

Quand le vent vient de l’ouest, ça sent plutôt l’œuf pourri. Quand c’est de l’est qu’il souffle, il y a comme une odeur de soufre qui nous prend à la gorge. Quand il vient du nord, ce sont des fumées noires qui nous arrivent droit dessus. Et quand c’est le vent du sud qui se lève, qu’on n’a pas souvent, heureusement, ça sent vraiment la merde, y a pas d’autre mot.

 Joël Egloff, L’étourdissement

 

la Taute

 

On va la voir… tu vas la voir… on devrait la voir, là… on aurait dû la voir…

Il bruine.

Tu vois, elle passe là-bas, dans le vallon… elle suit la ligne…

Le chien trottine à l’avant.

Tu ne la vois pas mais elle est là…

Il commence à pleuvoir vraiment. L’ami s’obstine, navré. Il voulait tellement me montrer le sillon argenté, moussant de rayons. Le chien gambade à la limite du ravissement. Je ne la vois pas mais c’est joli. Je ne la vois pas, la Taute, mais elle me voit sûrement.

 

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comédie (suite)

 

Je veux bien tourner des merdes avec n’importe qui, pourvu qu’on me laisse faire des films avec Xavier…

Pour celles et ceux qui n’y seraient pas encore allés : La rançon de la gloire n’est pas une comédie comme une autre. Quand Eddie et Osman creusent le sol pour déterrer le cercueil de Charlie, puis remettent ça pour l’enterrer plus loin, comment dire. Quand le maître d’hôtel entièrement dévoué à feu Charlie prend un mouchoir pour nettoyer sa bière pleine de boue, tu disais ? Réminiscence fugace de Benoît Magimel qui lave et relave la pierre tombale de son père (Selon Matthieu). Là non plus, ça ne badinait pas. Alors quoi ?

On est pris. On est cuit. On est frit. On décolle intérieur. L’image reflète la magie du tournage helvète – presque riche, la rime. Il y a de la folie douce là-dedans. Benoît Poelvoorde rayonne,  à la limite du ravi quand il a réussi son coup ; Roschdy Zem étonne, en rabat-joie maison. De leur pas de deux naît l’enchantement. Sans parler de mille autres surprises, humaines ou animales. Un film céleste, dont on ressort, des ailes aux pieds. Ça n’a peut-être pas de rapport mais je vais me remettre à l’argentique.

 

Image

photo Agathe GRAU (lac Léman)

 

P.S. À signaler, le très beau papier de Jean-Baptiste Morain, Inrocks de la semaine dernière http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/la-rancon-de-la-gloire/