Fusayoshi Kai

du propre

N’empêche que ça en arrange bien certains… Vous dites ? Je dis que le malheur des uns… Non, vous voulez pas dire, vous voudriez pas… Comme je vous le dis, non mais demandez-vous un peu à voir à qui le crime profite ? Il avait pas d’assurance, Kai-san ? Qui vous parle d’assurance, je vous cause crime, moi, Madame, et crime avec prémonition encore, faudrait avoir des ornières pour rien voir ! Mais à qui à qui ? Eh bien disons qu’un certain propriétaire aurait eu des idées de parking au lieu d’un repaire à communistes, je dis ça, j’ai rien contre Kai-san qu’a toujours été un bon ptit gars… Un parking à voitures ? Évidemment, pas un parking à chevaux, vous avez bu ou quoi, un truc qui paie… C’est quand même une drôle d’idée ça, un parking… Enfin je dis ça, c’était peut-être bien un building qu’il voulait construire à neuf avec tout le bazar moderne, est-ce que je sais, est-ce que je vous parle, où en étais-je, oui, laissez-moi vous dire que ça date pas d’hier leurs bisbilles, bref, ce que j’en dis c’est que ça l’arrange bien, matériellement parlant, je veux dire, le propriétaire. Alors vous pensez que… Bon, c’est pas le tout mais j’ai ma comète sur le feu, moi, Madame, bien le bonjour.

 

mami

©KAI Fusayoshi

lettre à Kai-san

Cher Kai-san,

親愛なる甲斐さん

Je n’arrive pas à croire, et ne suis pas la seule,

まだ信じられない、私だけじゃないと思うけど

que Honyarado

ほんやら洞が

honyarado

ait brûlé,

焼けてしまったなんて

comme ça, au petit matin,

いとも簡単に、夜明けに

café brûlé

焼けたカフェ

pas mort d’homme

死者なし

mais bel et bien mort de négatifs

でも確かにネガを失った

mort de tirages

プリントを失った

mort de toute une partie de ta vie photographique

貴方の写真生活の大部分を失った

Je me souviens

思い出す

que c’est à Honyarado

それはほんやら洞だった

qu’avait eu lieu la première de Jellyfish, projeté en 8mm

ジェリーフィッシュの最初の8ミリ上映は

– la gloire, pas moins

とても名誉なこと

Honyarado, c’était le jour

ほんやら洞は昼

Hachimonjiya, la nuit

八文字屋は夜

il nous reste la nuit, pas vrai

もう夜しか残っていない、のですね

 Je pense à tous les kids

子供達を思う

kid serviette

grâce à qui

彼らのおかげで

kid ete

c’est toujours l’été

いつも夏

 DSC00084

à toutes les belles

美女たち

bijin2

  les très-belles

凄い美女たち

bijin

clic !

カシャ!

à toutes celles

彼女たち

dames

tous ceux

彼ら

jeu de go

 qui vivent pour toujours

永遠に生きている

velo kai

dans tes livres de photo

貴方の本の中で

pecheur kai

même si

たとえ

vieux

la vie n’est pas douce

人生は甘くなくても

povret

tous les jours

毎日

DSC00088

loin de là

それどころかはるかに厳しい

et puis aux chats

そして猫も

DSC00085

Ryotaro me dit

リョウタロウが言う

ryo

que tout le monde va bien s’occuper de toi.

みんな甲斐さんの面倒をみるよと

Du coup, je me demande un peu ce que je fiche ici,

そこで私はちょっと考える、私はここで何をしているのだろう

au lieu d’être à Kyoto avec vous.

貴方たちと一緒に京都にいないで

trad. Sae et Sylvain Cardonnel

© Kai Fusayoshi

kaisan

spirale

jeu de go

photo : Kai Fusayoshi

 

 Gavin Bryars, Jesus’Blood Never Failed Me Yet

Tramp With Orchestra (Full Strings), with Tom Waits

Merci à Nori de m’avoir donné à lire cet article où Gavin Bryars nous parle un peu de cette chanson que j’écoutais en boucle, voire en spirale,  il y a quelques années, le moyen de s’en empêcher :

« In 1971, when I lived in London, I was working with a friend, Alan Power, on a film about people living rough in the area around Elephant and Castle and Waterloo Station. In the course of being filmed, some people broke into drunken song – sometimes   bits   of   opera,  sometimes  sentimental  ballads  –  and one, who in fact did not drink,   sang  a   religious song « Jesus’ Blood Never Failed Me Yet ». This was not ultimately used in the film and I was given all the unused sections of tape, including this one.
When  I  played it  at home,  I found  that his singing was in tune with my piano,  and   I   improvised a simple accompaniment. I noticed, too, that the first section of the song – 13 bars in length – formed an effective loop which repeated in a slightly unpredictable way [in the notes for the 1993 recording on Point, Bryars wrote that while the singer’s pitch was quite accurate, his sense of tempo was irregular].  I  took  the  tape  loop  to  Leicester, where I was working in the Fine Art Department, and copied the loop onto a continuous reel of tape, thinking about perhaps adding an orchestrated accompaniment to this. The door of the recording room opened on to one of the large painting studios and I left the tape copying, with the door open, while I went to have a cup of coffee. When I came back I found the normally lively room unnaturally subdued.   People  were  moving  about  much  more slowly  than usual  and  a  few  were  sitting alone,    quietly  weeping.
I was puzzled until I realised that the tape was still playing and that they had been overcome by the old man’s singing. This convinced me of the emotional power of the music and of the possibilities offered by adding a simple, though gradually evolving, orchestral accompaniment that respected the tramp’s nobility and simple faith. Although he died before he could hear what I had done with his singing, the piece remains as an eloquent, but understated testimony to his spirit and optimism. »