Mois: octobre 2015

le mal du siècle (dernier)

 

En lisant et relisant Lettres à Eugène

 

Y’a pas, c’est le XXe siècle qui rapplique sans prévenir, quand on s’écrivait.

Quand on s’écrivait, ça voulait dire timbres, choix des timbres, salive, petits objets plats qu’on glisse dans l’enveloppe pleine à craquer d’images, de dessins, vignettes, tickets de cinéma, de concerts, papiers de bonbons, rébus, plans, fleurs bien sûr et feuilles aux nervures estranges et taches de mûres sur le papier, taches d’amour aussi – j’ai pensé à toi hier, regarde – fraises écrasées.

 

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Eugène envoie à Hervé une petite enveloppe elle-même enveloppée d’une autre et d’une autre encore. Hervé a peur d’une mauvaise plaisanterie, il n’y aura rien au bout du compte, ce sera une métaphore imbécile. Or, pas du tout. Eugène lui a bel et bien offert une petite chose, « la petite médaille blanche » qu’Hervé portera sur lui, en secret.

Une petite médaille blanche – rien moins.

 

 

automédication

 

Fais-en ton miel si tu veux, tu es libre. Je n’aime pas le miel plus que ça, moi. En tout cas, c’est récent et pas tous les miels. Je me suis forcée ces derniers jours pour retrouver un filet de voix. Le miel, pour moi, c’est un peu comme les huîtres. Je me méfie encore. J’en fais mes huîtres, ça se dit moins et pour cause.

 

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Ma parole mais je râle ! Alors qu’il y a des choses exquises absolument. Le ukulélé, je lui pince une ou deux cordes pour scander certaines mélodies et le roi n’est pas mon cousin et je suis en pyjama ; le point-virgule ; les amis qui m’ont souhaité mon anniversaire ; les Lettres à Eugène, à lire et relire jusqu’à plus soif, qui redonnent envie de tomber amoureux ; la visite d’une araignée ducale voire archiducale – elle veillera sur mon sommeil ; le point-virgule, j’y reviens, que serait ma vie sans le point-virgule, je te demande un peu… La liste est longue, Seigneur, si longue – et j’ai sommeil (on parlera du tiret et du pyjama une autre fois).

 

à louer

 

À observer dans le jardin les allées et venues à l’aveugle du tout jeune ramier (un ramereau ?), je crois comprendre qu’il a comme une écrevisse dans le vol-au-vent. Des salons à louer dans la tête, quoi. Entre azurés du serpolet, on se comprend.

 

hospitalier

les amis bleus

 

En voyage, tout le monde vous le dira, on se fait des amis bleus

perfect day

là, c’était dans le quartier de Nippori.

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Il m’a suivie jusqu’ici, lui. D’abord de loin

– qualité essentielle en amitié, la discrétion

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puis il s’est enhardi

– le courage, c’est pas mal non plus

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c’est ça les vrais amis bleus

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ils sont bleus et ils vous suivent partout

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même par temps de pluie

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Il m’a dit Regarde, il y a un reflet

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Attends, je vais me mettre au milieu

(marre d’être photographié à gauche)

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Voilà, c’est parfait.

aubaine

 

 

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Profite de l’aubaine

ta voix a décidé de se retirer sous sa tente

À toi gingembre et citrons divers

adieu téléfon

 

Anne m’a fait goûter hier

du caïpi

saurai-je m’en composer un ?

 

C’est pas sorcier,

il faut de la cachaça

 

Je n’en ai mie

 

Du rhum, alors ?

 

Oh là là, ça vire au ti-punch de base…

 

Cesse de geindre, va, tant qu’on a l’ivresse…

 

je crois qu’on oui

 

Non, le jardin ne suffit pas, vois-tu. Il faut que les oiseaux daignent s’y poser et ça ne va pas de soi. Une fois que, ça ne suffit pas non plus. Il faut qu’ils picorent leurs graines et brisures de biscottes à travers brindilles et billes d’argile et ça ne suffit pas. Il faut encore qu’ils boivent aux quatre points d’eau du jardin (dont une fontaine géante). Et ça ne suffit pas, il faut que l’harmonie règne entre eux – s’ils se pourchassent, ça gâche tout absolument tout. Si tout concorde, ça commence à ressembler à l’esquisse de quelque chose mais ça ne suffit toujours pas. Il faut qu’ils manifestent quelque inclination à demeurer dans le paysage alors qu’ils n’ont plus ni faim ni soif et que le ciel les appelle et ça ne suffit pas. Ajoute quelques pincements de luth, retiens ta respiration, tu vas faire de la buée sinon, t’occupe, je sais ce que je dis, je crois qu’on oui approche de la perfection.

 

kimono

Pourquoi tu soupires ?

comment c’était

 

« Faute de moyens, ils sont réduits au minimum : l’un joue de la guitare et l’autre de la basse ; une boîte fait le rythme. Ils demandent à leur voisine de venir chanter. C’est Alison Statton, dont la voix semble ailleurs – elle a des courses à faire, elle va bientôt partir. » Oui, j’ai retrouvé mon vieux Sur le rock à l’université Ryokoku, dans la bibliothèque de Sylvain qui prend grand soin des bouquins que je n’ai pu rapatrier. Allez, je l’emmène à Paris (je parle du livre).

 

surleroc