bestiaire (suite)

 

D’accord, on joue.

Mon meilleur ami est un lynx. J’ai des amis chats, des amis oiseaux, toute une flopée de cervidés dont une biche blond cendré, un chevreuil aux aguets. Une amie moufette j’ai, et une amie baleineau, un ami hibou, un ami renard, une amie meidosemme, une sauterelle brune. J’ai été folle d’un cheval fou au début des années 2000. Pas mal amourachée ensuite d’un jeune cygne. Pas oublié non plus cette histoire avec un éléphant en majesté. Et puisque tu insistes, il y eut assez récemment un lion aux yeux bleus, voilà.

Et lui ?

Quoi, lui ?

Ben lui, quoi.

Qui, lui ?

Lui, là.

Là-bas ?

Oui, là.

Ah, lui… C’est un peu plus compliqué.

Comment ça ?

Comment dire…  lui, c’est un arbre.

bestiaire

 

Quand je rencontre un nouveau visage, je n’ai pas de repos que je ne lui aie trouvé son animal, son homologue en physionomie dans les univers immenses de Cuvier, de Fabre ou de Linné. Ces apparentements, je ne sais pourquoi, me rassurent. J’écoute mieux un claveciniste lorsque je découvre que son jumeau zoologique est l’échassier africain dit “serpentaire”, et j’ai terminé sans problème un film qui en posait beaucoup du jour où j’ai compris que la monteuse que je voyais de profil six heures par jour était un charançon.

Nicolas Bouvier, Le hibou et la baleine

 

choses qui

choses qui abattent

le bruit de la tronçonneuse

est-ce un bruit

et puis il y avait un nid tout là-haut

Mignonne, allons voir si la rose

rien à faire, ça ne passe pas

mon petit page, trop vite reparti

étanchéité

assurément le mot préféré du jardinier

s’il ne l’a pas proféré cent fois l’autre matin

 

akashiro

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choses qui revigorent

un vieux menuet de Ravel joué par Samson François

la palombe venue ce matin non pour chercher de quoi becqueter mais trouver de quoi faire un nouveau nid, quelle santé

les roses, les lauriers-roses, l’érable

les amis, mon vieux, les amis !

 

princes

béguin syndrome

 

Il y a ces périodes bénies de détachement. Elles peuvent durer des mois, des années. Tu vois les choses, les êtres, tu les apprécies, tu n’interviens pas. Tout est à sa place.

Puis tout à trac, le monde s’inverse, tu te retrouves dans le tableau, tu veux y jouer un rôle, tu tombes amoureux de tout ce qui bouge.

S’il te plaît, ne bouge plus.

Allez, les autres, bougez, bougez !

de l’éphémère

 

Depuis que j’ai provisoirement intitulé mon manuscrit Le grand méchant Loume, je vois des loumes partout. Chez l’Artisan parfumeur, chez Camille Becquet dans son exquis Manger, dans des articles de revue – j’exagère à peine, que viennent faire ces loumes marins dans le dernier numéro de Sciences et avenir, avril/mai, p. 81, l’article est chavirant, j’avoue, merci Anne. Jusqu’à Iris, la petite voisine, qui chante à tue-tête Loume, y es-tu, sous prétexte qu’elle n’a pas école. Diable, diable…

Je crois que je vais devoir changer de titre provisoire. Et pourquoi pas Le capital sympathie des papillons ?

Zzzzz

    4. Lectures

Moustiques est le titre d’un roman de Faulkner que je n’ai jamais lu.

Mais je m’y promène les yeux fermés.

Et j’entends les claques sonores que les personnages se donnent à la volée.

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5. Allègement

En été, on s’allège.

On devient léger comme une plume.

On imite le moustique au corps minuscule.

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10. Choses inexplicables

Parfois et contre toute attente

Les moustiques ne viennent pas.

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11. Énigmes naturelles

Ils aiment les feuillages du noisetier.

Tout près de la voiture.

Pour quelle raison ?

On aimerait savoir.

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  1. Heures favorites

Ils aiment certaines heures

Et pas d’autres.

Le matin ou le soir. Certaines heures de la nuit.

Et 15h17.

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Marc Kober, Traité du moustique en zone libre, gravures de Vincent Rougier

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AVIS !

Marc signera son livre au Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice, ce vendredi 12 juin à 18 heures, stand 503, près du podium et de la fontaine