toile

 

Dans le tram de la ligne 3a. Une petite fille frêle avec un gros paquet de Noël avant Noël qu’elle a du mal à tenir mais elle y tient, à le tenir, n’a d’yeux que pour sa mère, assise, fatiguée. Rien d’autre n’existe. L’enfant a les yeux charbon et des cheveux noirs idem,  longs, très longs, ils pourront bientôt lui descendre jusqu’aux pieds. Comme sa mère. Comment dire, elle ressemble à une mygale. Il y a bien un frère, un balourd qui essaie de compter dans le tableau, C’est bientôt la station ? Peine perdue. Existe pas. Juste maman mygale.

Clic.

solitude syndrome

 

La première question qu’ils vous posent qui n’est pas une question mais bel et bien un index pointé, Est-ce qu’il vous arrive de boire seul. La suite on la connaît, la suite c’est C’est le début du n’importe quoi, il faut boire avec des amis, des proches, des voisins, jamais seul. Jamais ils ne vous demanderont Est-ce qu’il vous arrive de manger seul. Manger en solitaire ne soulève aucun problème, je mange seul il mange seul elle mange seule. Tout est en ordre. Et tous ces malheureux qui s’étouffent avec un os de pain qu’est pas passé, une arête d’escalope restée coincée en travers du gosier, un quignon de mandarine revêche. Avec personne pour leur taper dans le dos fraternellement. Règle numéro un Ne jamais manger seul. Pour boire, tu fais comme tu sens.

 

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sagesse estudiantine

 

Nous venons de lire quelque part que le roi a les cheveux qui ont blanchi ; « blanchi » pose problème. J’en profite pour glisser que c’est vraiment très facile de composer ces verbes qui parlent de devenir, surtout avec les adjectifs de couleur. Noir donne noircir etc., et à propos, nous sommes en automne. Regardez les feuilles des arbres autour de vous, elles… elles…

– Elles tombent !

 

 

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interviou de Wilfried* (part 3)

 

Où l’on apprend que Wilfried* aimerait bien faire ça aussi 

Quand je lui demande si ce qu’il fait n’est pas de la poésie, il répond que non car ses textes sont chantés.

– Qu’est-ce que tu écris, en ce moment, si ce n’est pas de la poésie ?

– Autre chose, une sorte de roman que je mets du temps à finir. Par ailleurs, je suis journaliste. Les autres sont musiciens, moi c’est mon métier. C’est mon activité principale.

– Voilà pourquoi tu connais tout ce qui se passe, tu es à l’écoute. Et puis tu passes de la musique pour faire danser les autres. C’est important la danse ? Tu es danseur ?

– Oui, dans le sens où j’aime bien danser dans des clubs. Danser sur la musique, dans un cadre festif avec l’ivresse, la drogue…(rires) J’aime bien être traversé par le son, sentir que ça met en mouvement le corps, que chaque fréquence peut être décomposée, j’aime l’effet que peut avoir une ligne de basse sur les jambes, le ventre, et une envolée de violon sur la tête ou les mains, on est vraiment, comme ça, entre les fréquences basses, medium ou aiguës ou autres… c’est physique. Ça donne un rapport quasi synesthésique avec la musique…

– Ça me rappelle ce film où des sourds dansaient sans entendre la musique mais en percevant les fréquences, les vibrations (Au pays des sourds, de Nicolas Philibert)

– Oui, il a aussi fait La moindre des choses, sur la clinique de La Borde…

Il évoque alors Marie Depussé, Dieu gît dans les détails. De mon côté, mon amie photographe, Naoko Tamura, qui a choisi ses plus belles photos de La Borde pour en faire Une forêt en Sologne. Je me rappelle soudain une chanson de Wilfried* qui s’appelle Je suis fou mais ne le dis pas. Puis nous reprenons le fil – un fil.

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– Alors, ton roman ?

– C’est sur Paris en fait. Comme c’est mon nom de famille, c’est une dérive psycho-géographique dans Paris avec des associations, des correspondances… Il y a 20 chapitres, plus un vingt-et-unième, un arrondissement imaginaire.

– Je croyais que c’était  Montreuil, le vingt-et-unième ?

– Il y en a qui disent que c’est Deauville ! (rires) Enfin, l’idée, c’est de sortir, de quitter Paris. Ça prend du temps… À un moment, j’avais envie de le faire publier comme un texte qui ne serait pas fini, avec cette idée que je continuerais à l’alimenter régulièrement… montrer un processus d’écriture. Même pour les chansons, j’ai toujours eu envie que les gens voient les différentes étapes de leur construction. J’aimerais mettre la première version, puis le squelette et qu’on voie la chanson se construire. Pour un roman, j’aimerais bien faire ça aussi. Une sorte d’interface où l’on verrait les ratures, les réécritures, les corrections, les rajouts et du coup, ce serait un texte qui ne finirait pas, effectivement… J’essaie de trouver une solution de publication adaptée à cette ambition de ne jamais finir ce texte – ou de pouvoir toujours y revenir.

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Liens vers Wilfried*

https://www.facebook.com/wilfried.etoile

http://wilfried.bandcamp.com/

élan

 

J’ai deux mains gauches, chose connue. N’empêche, à les voir alignés tout proprets, les rutilants ptis pots de yaourts en verre destinés au recyclage, mon cœur flanche. Et si je nous mettions à la peinture ?

À la bouture ?

Ptits bras, va.

 

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interviou de Wilfried* (part 2)

Où l’on apprend d’où vient l’argot

– Parle-nous de Patrice et Matrice. L’un a-t-il précédé l’autre ?

– C’était parallèle. J’avais des chansons en chantier depuis longtemps et du coup, je me suis obligé à achever deux chansons par mois, de janvier à septembre 2012. Donc, il y a eu Matrice, des chansons en français et puis Patrice, en anglais. Comme une gestation : une fille, un garçon. Et à la fin, ça a donné Matrice. Il n’y a pas nécessairement d’échos entre les deux. Ce sont deux entités distinctes. Et chaque chanson a un peu son histoire, plus ou moins longue.

– Quelle serait l’histoire de Matrice ? Ça m’avait un peu fait penser au Horla ?

– Pour MatriceLe Horla n’a pas influencé l’écriture. Plutôt Philip K Dick, d’abord, avec l’idée que quand on peut contrôler le sens des mots, on peut contrôler les gens qui sont obligés d’utiliser ces mots. La figure du double est présente, bien sûr, mais il s’agit plutôt d’une présence et d’une acceptation de l’autre, jusque dans sa plus grande étrangeté, un nazi, un extra-terrestre… L’idée de « matrice » réconcilie ces antagonismes, comme un sentiment océanique ou une nature bienveillante, mais elle peut prendre une dimension angoissante, la bienveillance devenant aliénation. C’est ma vision, parcellaire, de la chanson mais j’espère que chacun pourra y trouver son mystère propre…

 

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Histoire de La langue des oiseaux

La langue des oiseaux, qui est le titre d’une de mes chansons, est une langue secrète, ésotérique, une technique de cryptage et de décryptage du langage courant, fondée sur l’assonance, qui donne ou permet de trouver un sens caché à des phrases, des mots, à partir de leur dimension phonétique, par des procédés d’inversion (verlan), d’homophonies, de synonymies, d’anagrammes, par des jeux de mots… Ainsi, la phrase (un des exemples les plus connus) : « Voici un message secret disant les mots » peut être écrite « Vois si un mets sage se crée, dit sans les mots ». Et les lettres elles-mêmes sont symboliques, par exemple, le mot FORT peut être décomposé ainsi : F (feu) + O (eau) + R (air) + T (terre) = FORT. Et lorsqu’on enlève le T de Terre, il nous reste le « for » intérieur…

C’est une langue universelle, en quelque sorte, utilisée par les alchimistes, les cabalistes, et de nombreux écrivains (Rabelais, Swift, Cervantès, les poètes soufis persans) pour cacher des informations. On pense ainsi que l’argot a été inventé par les constructeurs de cathédrale, pour se transmettre leurs secrets de fabrication, puisqu’il y a une parfaite homophonie entre l’art gothique et l’argotique…

La chanson Au clair de la lune qui a inspiré ma chanson sur la langue des oiseaux, a un sous-texte que l’on peut réécrire ainsi :

Au clerc de la lune

Mon ami pie héraut

Prête mots à ta plume.

Pour écrire un mot :

Mâche chant d’ailes, et mots heurte.

Jeu n’est plus de feu,

Ouvre mots à ta porte.

Pour l’âme, hourde d’yeux.

 

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Ma chanson n’utilise pas explicitement la langue des oiseaux, mais elle l’évoque, elle tourne autour du premier couplet d’Au clair de la lune. C’est Eloïse Decazes, du groupe Arlt, qui devait la chanter au départ et c’est pour ça qu’elle est nommée dans la chanson. Et puis finalement, j’ai préféré ma version, plus lointaine. C’est aussi une manière (avec La revenante, qui est une chanson sur elle-même, une chanson sur la chanson) de parler de la dimension immatérielle, aérienne, spirituelle, de la musique, du chant.

 

Liens vers Wilfried* où l’on peut écouter plusieurs chansons de Matrice :

https://www.facebook.com/wilfried.etoile

http://wilfried.bandcamp.com/