Marie Depussé

interviou de Wilfried* (part 3)

 

Où l’on apprend que Wilfried* aimerait bien faire ça aussi 

Quand je lui demande si ce qu’il fait n’est pas de la poésie, il répond que non car ses textes sont chantés.

– Qu’est-ce que tu écris, en ce moment, si ce n’est pas de la poésie ?

– Autre chose, une sorte de roman que je mets du temps à finir. Par ailleurs, je suis journaliste. Les autres sont musiciens, moi c’est mon métier. C’est mon activité principale.

– Voilà pourquoi tu connais tout ce qui se passe, tu es à l’écoute. Et puis tu passes de la musique pour faire danser les autres. C’est important la danse ? Tu es danseur ?

– Oui, dans le sens où j’aime bien danser dans des clubs. Danser sur la musique, dans un cadre festif avec l’ivresse, la drogue…(rires) J’aime bien être traversé par le son, sentir que ça met en mouvement le corps, que chaque fréquence peut être décomposée, j’aime l’effet que peut avoir une ligne de basse sur les jambes, le ventre, et une envolée de violon sur la tête ou les mains, on est vraiment, comme ça, entre les fréquences basses, medium ou aiguës ou autres… c’est physique. Ça donne un rapport quasi synesthésique avec la musique…

– Ça me rappelle ce film où des sourds dansaient sans entendre la musique mais en percevant les fréquences, les vibrations (Au pays des sourds, de Nicolas Philibert)

– Oui, il a aussi fait La moindre des choses, sur la clinique de La Borde…

Il évoque alors Marie Depussé, Dieu gît dans les détails. De mon côté, mon amie photographe, Naoko Tamura, qui a choisi ses plus belles photos de La Borde pour en faire Une forêt en Sologne. Je me rappelle soudain une chanson de Wilfried* qui s’appelle Je suis fou mais ne le dis pas. Puis nous reprenons le fil – un fil.

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– Alors, ton roman ?

– C’est sur Paris en fait. Comme c’est mon nom de famille, c’est une dérive psycho-géographique dans Paris avec des associations, des correspondances… Il y a 20 chapitres, plus un vingt-et-unième, un arrondissement imaginaire.

– Je croyais que c’était  Montreuil, le vingt-et-unième ?

– Il y en a qui disent que c’est Deauville ! (rires) Enfin, l’idée, c’est de sortir, de quitter Paris. Ça prend du temps… À un moment, j’avais envie de le faire publier comme un texte qui ne serait pas fini, avec cette idée que je continuerais à l’alimenter régulièrement… montrer un processus d’écriture. Même pour les chansons, j’ai toujours eu envie que les gens voient les différentes étapes de leur construction. J’aimerais mettre la première version, puis le squelette et qu’on voie la chanson se construire. Pour un roman, j’aimerais bien faire ça aussi. Une sorte d’interface où l’on verrait les ratures, les réécritures, les corrections, les rajouts et du coup, ce serait un texte qui ne finirait pas, effectivement… J’essaie de trouver une solution de publication adaptée à cette ambition de ne jamais finir ce texte – ou de pouvoir toujours y revenir.

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Liens vers Wilfried*

https://www.facebook.com/wilfried.etoile

http://wilfried.bandcamp.com/

ou les deux

 

Un domestique demande à Flaubert, qui a sept ans, d’aller voir à la cuisine s’il y est, et Flaubert y va.

[…]

Quand il fut grand, Flaubert inventa des personnages que j’appelle “les innocents”. Charles, Félicité, la servante d’Un cœur simple, ou Dussardier, le garcon de courses de L’Éducation sentimentale, qui construisent leur vie modeste, répétitive, héroïque, sur la croyance en l’intégrité de l’Autre. Quand ils s’aperçoivent qu’ils ont été floués, ils deviennent fous ou meurent, ou les deux.

À quelle heure passe le train… Conversations sur la folie,

Jean Oury, Marie Depussé

un cap, un pic, une péninsule

 

La crème renversée tardait à venir.

Il y a toujours un trou, un golfe, un océan, entre le fromage et le dessert, aux repas de fête, à La Borde.

C’est que les serveurs, occasionnels, sont fatigués. C’est que les cuisiniers se sont mis à table et ont goûté le vin.

Alors je me levai pour susciter les crèmes renversées.

Marie Depussé, Dieu gît dans les détails, La Borde, un asile