interviou de Wilfried* (part 2)

Où l’on apprend d’où vient l’argot

– Parle-nous de Patrice et Matrice. L’un a-t-il précédé l’autre ?

– C’était parallèle. J’avais des chansons en chantier depuis longtemps et du coup, je me suis obligé à achever deux chansons par mois, de janvier à septembre 2012. Donc, il y a eu Matrice, des chansons en français et puis Patrice, en anglais. Comme une gestation : une fille, un garçon. Et à la fin, ça a donné Matrice. Il n’y a pas nécessairement d’échos entre les deux. Ce sont deux entités distinctes. Et chaque chanson a un peu son histoire, plus ou moins longue.

– Quelle serait l’histoire de Matrice ? Ça m’avait un peu fait penser au Horla ?

– Pour MatriceLe Horla n’a pas influencé l’écriture. Plutôt Philip K Dick, d’abord, avec l’idée que quand on peut contrôler le sens des mots, on peut contrôler les gens qui sont obligés d’utiliser ces mots. La figure du double est présente, bien sûr, mais il s’agit plutôt d’une présence et d’une acceptation de l’autre, jusque dans sa plus grande étrangeté, un nazi, un extra-terrestre… L’idée de « matrice » réconcilie ces antagonismes, comme un sentiment océanique ou une nature bienveillante, mais elle peut prendre une dimension angoissante, la bienveillance devenant aliénation. C’est ma vision, parcellaire, de la chanson mais j’espère que chacun pourra y trouver son mystère propre…

 

matrice bleue

 

Histoire de La langue des oiseaux

La langue des oiseaux, qui est le titre d’une de mes chansons, est une langue secrète, ésotérique, une technique de cryptage et de décryptage du langage courant, fondée sur l’assonance, qui donne ou permet de trouver un sens caché à des phrases, des mots, à partir de leur dimension phonétique, par des procédés d’inversion (verlan), d’homophonies, de synonymies, d’anagrammes, par des jeux de mots… Ainsi, la phrase (un des exemples les plus connus) : « Voici un message secret disant les mots » peut être écrite « Vois si un mets sage se crée, dit sans les mots ». Et les lettres elles-mêmes sont symboliques, par exemple, le mot FORT peut être décomposé ainsi : F (feu) + O (eau) + R (air) + T (terre) = FORT. Et lorsqu’on enlève le T de Terre, il nous reste le « for » intérieur…

C’est une langue universelle, en quelque sorte, utilisée par les alchimistes, les cabalistes, et de nombreux écrivains (Rabelais, Swift, Cervantès, les poètes soufis persans) pour cacher des informations. On pense ainsi que l’argot a été inventé par les constructeurs de cathédrale, pour se transmettre leurs secrets de fabrication, puisqu’il y a une parfaite homophonie entre l’art gothique et l’argotique…

La chanson Au clair de la lune qui a inspiré ma chanson sur la langue des oiseaux, a un sous-texte que l’on peut réécrire ainsi :

Au clerc de la lune

Mon ami pie héraut

Prête mots à ta plume.

Pour écrire un mot :

Mâche chant d’ailes, et mots heurte.

Jeu n’est plus de feu,

Ouvre mots à ta porte.

Pour l’âme, hourde d’yeux.

 

Image

 

Ma chanson n’utilise pas explicitement la langue des oiseaux, mais elle l’évoque, elle tourne autour du premier couplet d’Au clair de la lune. C’est Eloïse Decazes, du groupe Arlt, qui devait la chanter au départ et c’est pour ça qu’elle est nommée dans la chanson. Et puis finalement, j’ai préféré ma version, plus lointaine. C’est aussi une manière (avec La revenante, qui est une chanson sur elle-même, une chanson sur la chanson) de parler de la dimension immatérielle, aérienne, spirituelle, de la musique, du chant.

 

Liens vers Wilfried* où l’on peut écouter plusieurs chansons de Matrice :

https://www.facebook.com/wilfried.etoile

http://wilfried.bandcamp.com/