sérieux (manque de)

 

Paris était vide aujourd’hui. Vide vide vide. Une nouvelle cruciale à révéler à la terre entière et la ville est vide. Un post salvateur à poster au plus tôt car il console de tout, il nous consolera de tout. Seul grain de sable, l’illustration précise qu’il nécessite. Or, les bibliothèques sont vides, les librairies pourtant pleines de beaux-livres sont vides pour moi. Quand je m’enquiers, la tête des libraires se vide d’un coup. On doit parfois se rendre à l’évidence romantique. Un seul Ernst vous manque et tout est dépeuplé.

 

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patience et longueur de temps…

docteur Jivago syndrome

 

Un jour, je le sais, je monterai dans un tram. Il m’aura reconnue et couru après. Trop tard.

– Mais c’est l’inverse !

Attends, c’est pas fini. Il sentirait soudain comme un coup de poignard dans sa poitrine et porterait la main sur son cœur avant de s’écrouler.

– Mais c’est son col de chemise qui le serre !

Attends, c’est pas fini. Il relèverait une dernière fois la tête en direction du tram qui s’éloigne et prononcerait mon nom avec ses yeux.

Là, c’est fini.

Et je ne le saurai jamais.

énigme

 

Nous l’avons tous été. Pas un jour sans que j’y pense. Tout m’y ramène. Que s’est-il donc passé. Je croise un vieux ronchon, une vieille chafouine et je me demande, était-elle déjà chafouine, et lui, déjà ronchon, depuis toujours ? La digne vieillarde à la voix de crécelle dans le bus – elle commente les minutes, elle nous crucifie – n’a pas toujours été comme ça. C’est pas possible. Ou alors si ?

 

hg

 

Et nous. La plupart d’entre nous étions des timides. La bande des timides. On dit de Laforgue, timide à la limite de la timidité, qu’il avait des mines de prêtre. Et Nicolas de Staël. J’y reviens toujours. Comment étais-tu avant ? Comment étais-tu, bien avant  de te jeter par la fenêtre, le petit Nicolas de Staël ?

il se souvient toujours

Mardi 15 décembre, la Fabrique Balades Sonores fêtera le dernier livre de Philippe Dumez.

 

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Basse Fidélité (2015) est une nouvelle édition de 39 ans 1/2 pour tous (2011). Un peu comme l’Essai sur Sénèque de Diderot qui connut deux versions (1778 puis 1782). Du coup, ce ne serait pas idiot de comparer les deux. Ça pourrait faire un sujet de thèse tout à fait acceptable. Enfin, je lance l’idée.

L’événement aura lieu à 19h30. Philippe Dumez lira, Silvain Vanot l’accompagnera – que demander de plus.

la Fabrique Balades Sonores, 1 avenue Trudaine, 75009 Pantruche

http://www.baladessonores.com/

reconnaissances

 

Vu ce jour sur le quai du métro un vieux monsieur moustachu vêtu d’un vieux manteau et coiffé d’un bonnet ancien qui peina un peu à quitter son siège à l’arrivée de la rame. Ne portait pas de mitaines et pourtant, je me suis dit aussitôt – Mais c’est moi !

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Un jour donc, en plaisantant, je la conduisis au Louvre, en lui disant : « Ma chère Alicia, je vais vous causer, je pense, une surprise. » Nous traversâmes les salles, et je la mis brusquement en présence du marbre éternel.

Miss Alicia releva son voile, cette fois. Elle regarda la statue avec un certain étonnement ; puis, stupéfaite, elle s’écria naïvement :

– Tiens, MOI !

Villiers de l’Isle-Adam, L’Ève future

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–  Mais c’est moi !

– Oui, ma fleur, tu ne m’avais pas dit que tu posais pour les militaires

– Les militaires ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qui a peint ce portrait ?

– Mais je viens de te le dire, un militaire. Il se dit peintre et poète. Tu vois le genre… Tu le connais ?

– Non, c’est troublant cette ressemblance, tu ne trouves pas ?

– Simple coïncidence

– Mais c’est tout à fait moi !

Jacques Demy, Les demoiselles de Rochefort