
Il arrive parfois

oui

que la paresse
prenne toute la place
que la paresse
prenne toute la place

– Tu veux dire la flemme ?

– Et les allitérations, alors ?

Il arrive parfois

oui

que la paresse
prenne toute la place
que la paresse
prenne toute la place

– Tu veux dire la flemme ?

– Et les allitérations, alors ?
La vie ? Du Beckett, je te dis…

Son truc, c’est les chaussures abandonnées à ciel ouvert. Abduction il y a eu. Des aliens sont passés par là et à l’acte. Seules pour en témoigner, les grolles. Dès qu’on repère une paire de sandales, même dépareillées, des espadrilles de kids ou de gérontes, des babouches voire des mocassins – il se fait rare le mocassin – on en envoie sur-le-champ le cliché à Camille qui saura quoi en faire. Ça renforce ses intuitions qui virent aux certitudes. Ils sont là. Parmi nous. Prélevant très régulièrement leurs échantillons humains. On a les preuves. On constitue un dossier. Qui s’épaissit d’année en année. Qu’on délivrera en temps voulu.

Yoshi TAKAHASHI
(1974 – 2015)
– Ça alors, elle a pas de machine à espresso, elle aime pas George Clooney ou quoi ? En revanche, qu’est-ce qu’elle a comme sel !
– Pardon ?
– Elle a pas de four, j’y crois pas, mais tu as vu tous les types de poivre ? Tu connaissais, toi, le poivre aux oiseaux ?
– De quoi tu parles ?
– Et toutes ces robes alors qu’elle a pas la place… Quelle coquette, mine de rien !
– Mais à quoi tu joues ?
– Ben je me demande, si jamais je disparaissais brutalement et qu’on enquête, les détectives…
– On ne dit pas détectives ici
– Les enquêteurs à la recherche de mon assassin, de mon assassine, en examinant la maison, ne pourraient-ils pas en déduire certaines conclusions ayant trait à ma personnalité, tout ça ?
– …
– Comme dans les polars islandais, tu vois ?
– Moi, ce que je vois, c’est qu’un brin de ménage, ça ne serait pas du luxe
– Oui, je sais
– Je ne dis ça que pour ajouter un trait piquant à ta personnalité
– Oh, ça va, ça va…

– Tu écris en ce moment ?
– Pas plus que ça
– Pourquoi donc ?
– Il faudrait que ce soit absolument nécessaire…
– C’est redondant ce que tu dis, là
– Tu vois bien !
– Ne cède pas à la facilité, veux-tu. Argumente, nécessaire comme quoi ?
– Comme l’air, comme le ciel, comme… le viognier !

modèle : Odette
Me suis aveuglée de la belle façon au matin, comme du feu dans les yeux. Après rafraîchir, le collyre attaque. Et la fontaine aux questions de jaillir aussi sec. Et si je perdais la vue. Et si je perdais l’ouïe – comment s’endormir sans Nick Drake. Je me souviens qu’à la fin de sa vie, André Pieyre de Mandiargues avait perdu le goût.
Puis je marche vers la station de métro, nu-pieds dans mes sandales, et tout devient clair. Un pied devant l’autre. Et encore. Et encore. Et le vent. À cet instant précis, la vie la vraie vie c’est le marcher, le marcher avec un rien de brise.
J’avions un chevron comme ça. Un bon vieux paletot d’hiver à chevrons noir et blanc, mais sans revers aux manches. Le chevron de base. Je le portais presque tout le temps, cet hiver-là. La porteuse de chevron devant moi est fine. Elle nage dans son chevron.
Je me souviens qu’une fois, en revenant de chez Gus, je marchais un peu en crabe, avec l’impression d’avoir fait du cheval toute la journée – je l’aimais bien Gus, mais sans être amoureuse. Mon chevron était là pour me tenir chaud et compagnie et murmurer Tu vois, tout va bien, on n’en meurt pas. La jeune fille quitte la rame, envolée.
Adieu, chevron.
Clic.