Mois: février 2016

Holden Caulfield syndrome

 

Je veux pas y aller. J’irai pas. M’embête pas. Je le sais bien que c’est la rentrée, j’y pense depuis hier nuit, n’importe quoi pour pas y aller je ferais. N’importe quoi. Dans le bus, ça continue. N’importe quoi. Prête à porter ce gilet jaune fluo innommable pour faire traverser les piétons. Pas tous les piétons d’ailleurs. Les enfants seulement. Je ferais traverser les gosses. Rien que ça, toute la journée. La vraie vie. Et puis le souvenir est venu tandis que s’éloignait de mon champ de vision la silhouette de la dame innommable qui saluait à chaque passage les traverseurs, adultes à cette heure. Repensé à Holden Caulfield dans un jardin public qui voulait empêcher les kids de tomber des balançoires.

Ce soir, je reprends le livre que je n’ai pas touché depuis le siècle dernier mais c’était à la fin, je trouve très vite.

Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée.

J.D. Salinger, L’attrape-cœurs, trad. Annie Saumont

À part l’histoire des balançoires, c’est exactement ça.

M’embête pas.

Sophie’s box (bis)

 

Récapitulons.

Il y eut du monde et du beau chez Amélie hier nuit

pour ouvrir La Boîte de Sophie

pour savoir ce qu’elle recelait…

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cinq fanzines de photographies qu’on projeta en boucle

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avec têtes

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sans têtes

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avec la tête de Philippe Dumez

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ou sans

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le principe de toutes ces photographies

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étant que l’appareil photographique est posé au sol

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car Philippe Dumez est un garçon de principes

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et si jamais il triche

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il le dit

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Franchement, je ne comprends pas que tu ne sois pas venu.

~

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Philippe Dumez et Jean-Philippe Talaga

ouvrent La Boîte de Sophie

Atelier Amélie Blaise

3 rue Godefroy Cavaignac

75011 Pantruche

Métro Charonne

Sophie’s box

 

–  C’est quoi, au juste, la boîte à Sophie ?

– Je t’arrête tout de suite, c’est pas la boîte à Sophie mais La Boîte de Sophie et j’y cours demain

– Et en quoi ça consiste ?

– C’est du Philippe Dumez tout craché, vois-tu

– Tu ne réponds pas précisément à ma question

– Quelle est-elle donc ?

– QU’EST-CE QU’IL Y A DANS CETTE PUTAIN DE BOÎTE, BORDEL ?

– Oh là là, les gens qu’aiment pas les surprises…

 

Sophie's box

Exposition LA BOÎTE DE SOPHIE

Philippe Dumez, Jean-Philippe Talaga

samedi 6 février 2016

à partir de 12h

vernissage à 18 h

à l’Atelier Amélie Blaise

3 rue Godefroy Cavaignac

75011 Pantruche

Métro Charonne

les ptits jeudis

 

Le matin, c’est la radio qui me réveille. Je bois mon café au lait dans un joyeux boucan. Plus tard, après l’école et les devoirs, Nounou me dit, Allume le poste. Il y a deux chaînes en noir et blanc. Le soir, pas question de rater le feuilleton du soir. Le jeudi après-midi, il y a « Les petits jeudis ». Allume le poste. Installée sur le canapé, je dévore tout ce qui passe. Mon idole est un canard qui s’appelle Saturnin. Sa voix m’hypnotise, surtout quand il répète, haletant, la belette, la belette. Nounou repasse au milieu de la salle et s’essuie les yeux de rire. Il y a cette bonne odeur de fer chaud, le bruit qu’il rend sur le linge humidifié par les pattemouilles. On est jeudi, le plus beau jour de la semaine.

Mais comment jamais pardonner à Jean Tourane de m’avoir fait croire au fil des épisodes que l’oiseau qui jouait Saturnin était une seule et même volaille.

Le capital sympathie des papillons, extrait

~

abri

ils me parlent

 

Les fous me parlent. Ça ne manque jamais, au milieu d’une foule, c’est vers moi qu’ils foncent. Tout à l’heure, une dame enturbannée vient me cueillir à l’arrêt du bus, Il y a eu trois 26 déjà et aussi deux 86 ! Ah, elle compte les bus. It’s OK with me.

Et toi, tu prends lequel, mademoiselle ? Quand on m’adresse la parole avec courtoisie, je réponds toujours, Le 26. Du coup, elle monte avec moi, installe tout son bazar et prend la place de quatre passagers. Je m’adosse avec mon jasmin d’hiver, Tu t’assois pas ? Nan nan, je descends bientôt. Elle fouille dans son cabas de géante, j’apprends qu’elle sort de l’hôpital, J’ai acheté des crêpes mais je vais plutôt manger une mandarine. J’abonde dans son sens, C’est plein de vitamines. Elle commence à la peler, ça sent très bon dans l’habitacle. Soudain, quand les portes du bus s’entrouvrent, elle lance ses épluchures sur les voyageurs qui montent, se retourne vers moi et pousse un hurlement de rire, puis se rassied pour déguster ses derniers quartiers oranger en toute quiétude. Au moment de descendre, je la salue mais elle m’a déjà oubliée.

 

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