Holden Caulfield syndrome

 

Je veux pas y aller. J’irai pas. M’embête pas. Je le sais bien que c’est la rentrée, j’y pense depuis hier nuit, n’importe quoi pour pas y aller je ferais. N’importe quoi. Dans le bus, ça continue. N’importe quoi. Prête à porter ce gilet jaune fluo innommable pour faire traverser les piétons. Pas tous les piétons d’ailleurs. Les enfants seulement. Je ferais traverser les gosses. Rien que ça, toute la journée. La vraie vie. Et puis le souvenir est venu tandis que s’éloignait de mon champ de vision la silhouette de la dame innommable qui saluait à chaque passage les traverseurs, adultes à cette heure. Repensé à Holden Caulfield dans un jardin public qui voulait empêcher les kids de tomber des balançoires.

Ce soir, je reprends le livre que je n’ai pas touché depuis le siècle dernier mais c’était à la fin, je trouve très vite.

Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée.

J.D. Salinger, L’attrape-cœurs, trad. Annie Saumont

À part l’histoire des balançoires, c’est exactement ça.

M’embête pas.