syndrome

abandon syndrome

 

Je toussais comme un dératé. Personne n’était fichu de me trouver un médecin, même Lili, elle m’a suggéré d’aller aux urgences de l’hôpital, mes voisins m’ont dit que c’était un conseil meurtrier. Dan m’assure qu’à Rome on délivre des antibiotiques sans ordonnance. Je vais de ce pas faire entendre ma toux à une vieille pharmacienne grincheuse, qui m’enjoint de consulter un médecin. Le noble pharmacien aux cheveux blancs de la place d’Espagne me donne un sirop, ça fait un mois que je m’abreuve de ces potions nauséeuses. Enfin un assassin du côté du tombeau de l’Auguste Imperator me vend des antibiotiques, avec une posologie que je lui fais répéter trois fois. Je n’ai pas trop confiance : je me traîne sur le Corso, j’entre dans les pharmacies pour montrer mon médicament, je demande si la dose prescrite n’est pas criminelle, on a plutôt envie de m’envoyer chez un psychiatre.

Hervé Guibert (mon ami, mon frère, asteure surtout), L’incognito

Balanchine syndrome

 

Talon et pointe et pas de polka.

Elles me transportent d’emblée dans un autre temps, L’âge heureux exactement, nous voulions tous devenir ballerines et ballerins, presque tous.

Elles ne ressemblent pas le moins du monde à des chaussons de danse, ces grolles, mais le grain est là. La position aussi, ne serait-ce pas une esquisse de troisième. Chaussant cette double blêmitude, on pourrait voler qui sait, s’envoler loin, planer sans fin, ça a l’air si souple, si indulgent, ça doit envelopper le pied comme une seconde peau aimante et hop.

 

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© Naoko Tamura

Une chose vraie, quoi. Multipliée par deux.

 

béguin syndrome

 

Il y a ces périodes bénies de détachement. Elles peuvent durer des mois, des années. Tu vois les choses, les êtres, tu les apprécies, tu n’interviens pas. Tout est à sa place.

Puis tout à trac, le monde s’inverse, tu te retrouves dans le tableau, tu veux y jouer un rôle, tu tombes amoureux de tout ce qui bouge.

S’il te plaît, ne bouge plus.

Allez, les autres, bougez, bougez !

fata morgana syndrome

 

Et s’il y avait dans la vie un moment où l’on puisse tout recommencer. On va mourir et puis non, on se retrouve à un point crucial  de ton existence qui te dit vas-y, think again. Me demande un peu où je me retrouverais. Le jour où je suis partie pour le Japon, la nuit où je suis revenue, les deux mon capitaine ?

La merveille de Fata Morgana de William Kotzwinkle, c’est que le détective, revenu aux lieu et heure où il a la possibilité de changer d’avis, suit exactement le chemin qu’il avait emprunté la première (?) fois. Respect.

 

epouvantail

fantôme syndrome

 

Ta tête est partie loin, à l’aéroport, bagage enregistré, en plein vol  maintenant et bientôt dans ton quartier, elle est déjà rentrée en France ta tête quand on vient lui dire que non. Au corps de s’y faire, maintenant, à ce guingois.

 

Il se déplace dans la ville familière, différente. Ce n’était pas le décor prévu, cette île flottante. Les voisins lui disent Alors, vous êtes encore là ? Et pour combien de temps ? Sourires confus. Gestes en l’air.

 

Imagine le jour où personne ne te posera plus la question car on ne te verra plus vraiment, tu seras là sans être là. Ne serait-ce pas cela, être fantôme, aller et venir, aller et revenir sans qu’on te remarque plus que ça.  Pas si mal, finalement. Ah,

rester là indéfiniment

à manger des aliments blancs

 

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