José-sensei

 

Mon professeur de vie s’appelle José. Brigitte Fontaine lui ressemble comme deux gouttes de thé.

José m’a appris les vices et vertus des fruits et légumes – quand j’ai su le rôle de la carotte, le jour-même je suis morte.

Elle m’apprend la beauté de certains opéras, que la fidélité existe, anche la generosità.

Elle ne va plus que de loin en loin chez son boucher depuis qu’il a exhibé sur sa porte Ici garanti non halal et soupire, Si sa viande n’était pas si bonne, je n’irais plus du tout.

José peut dire sans rire C’est vieux comme mes robes car ses robes datent vraiment de Mathusalem.

José m’a appris à réciter, par nuit de quartier de lune particulièrement remuant,

Croissant, beau croissant, je te salue

Croissant, beau croissant, je te salue

Croissant, beau croissant, je te salue

après quoi on peut faire un vœu avec de raisonnables chances qu’il soit exaucé.

 

moulinvert

 

José m’apprend aussi les dures choses de la vie. Comme je n’avais plus de mots après les attentats de Tunis, elle m’a dit Nous sommes en guerre.

 

Dragon Inn

 

Tellement indéfinissable parfois le goût de ce qui est roulé dans certain ravioli pékinois acheté à la va-vite un peu tard le soir que c’est à se demander ceuxé au juste. On a beau le grignoter dans une rue déserte et fraîche, on se retrouve au chaud sans prévenir, dans une taverne,  pas n’importe quelle cantine, le Dragon Inn, tenu par nulle autre que Maggie Cheung, la seule à savoir en quoi consiste la farce de ses dumplings. La Chine au temps de la dynastie Ming, en ce début de siècle, rien de moins. La vraie vie.

Si on a trop peur, oui, reste le végétal.

 

dandy dilemme

 

Un peu de mal à me décider

roger1

Tous ces beaux messieurs qui,

sitôt sortis de la piscine,

s’empressent d’enfiler un peignoir

roger2

 Sont-ils carrément classe ou…

roger3

 un tantinet ridicules ?

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Roger Van Hool, Rendez-vous à Bray d’André Delvaux

universel

 

Il est plus âgé que ma cousine et moi. Il est venu avec son frère, anecdotique, insignifiant. Nous nous enfermons dans la chambre et nous enregistrons une fausse émission de radio sur une cassette. Il fait les spots publicitaires. Il déclame : « Buvez Coca-cola, le seul dentifrice qui vous donnera des cheveux secs. » Le slogan s’imprime dans ma mémoire. Je suis amoureuse.

Je tombe toujours amoureuse des garçons qui me font rire. Parfois, ils sont cyniques.

 Camille Becquet, Journal intime universel

bas les masques !

 

Il leur faut un prétexte pour donner de la voix en pleine rue. Je les entends bien avant que de les voir, marchant droit dans leurs bottines, mains dans les poches, leurs oreillettes enfoncées jusqu’à la garde dans leur conduit. Comme ils paradent, les lâches, s’égosillant, scandant leur quotidien à des qui les écoutent – ou pas.

Nul besoin d’artifices, nous autres. Osons le dire une bonne fois pour toutes. Quand je cause sur le trottoir, je cause toute seule !

 

cyrano