piscine

la chose, son contraire

 

À peine ai-je raccroché que, dans le sens exactement contraire à ce que je viens de dire à Sabine, je me jette sur mon maillot que j’enfile illico jamais été aussi leste le tram me rejoint dans le mouvement on est tous au diapason de l’urgence, les bassins, vite, les bassins. D’habitude, c’est l’inverse, j’annonce haut et fort une pistoche et abandonne dans la seconde qui suit. Aussitôt dit aussitôt défait. Je veux bien mais qui croire ? Moi ou moi ?

 

jouer melon sur velours

 

Vous ne portez pas de lunettes ? L’eau ne vous fait pas mal, il y a de la javel là-dedans, quand même… Et le soleil ? Une seule réponse possible aux questions de la curieuse, J’ai les yeux veloutés. Que je gardai pour moi, n’allait-elle pas croire que j’avais le melon. Pourtant, vrai, c’est une naturopathe-iridologue qui me l’a appris au siècle dernier. J’étais allée la consulter car après une diète de 28 jours (me nourrissant exclusivement de jus de fruits), je commençais à voir venir des boutons sur la gorge, ce qui ne cadrait pas du tout avec mon programme originel. Elle examina mes yeux et le sort en fut jeté. J’avais les yeux de mon père, les yeux de l’Afrique, veloutés. Depuis que je le sais, je ne te crains plus, ô Soleil, ha ha !!!

 

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La javel, c’est une autre histoire.

mes compliments

 

Me suis retenue in extremis de dire à cette dame combien sa robe lui allait à ravir. Dans quelle mesure ces paroles auraient-elles vraiment pu lui faire plaisir, venant d’une qui ressemble à un sac – la satanée robe de piscine sans forme sans couleur sans rien.

Clic.

flashback

 

Un peu violente la piscine de ce midi. Rien à voir avec 2009, quand les eaux étaient plus douces malgré la dépression. La preuve, quelques pages retrouvées :

À peine disparu que le voilà à l’autre bout du couloir, vous regardant de ses yeux étonnés – non mais qu’est-ce qu’elle fout encore de l’autre côté, j’y crois pas – et en quelques secondes, le revoilà tout près. J’ai beau essayer, je ne peux le suivre, mais il m’attend gentiment, ce charmant dauphin tout plein de patience – et de sapience.

[un peu plus loin]

Mon dauphin-pilote piaffe déjà de tout son être quand je pénètre dans l’eau. Au bout d’une quinzaine de longueurs, il m’attend, je lui dessine en l’air le petit signe rituel de l’Après vous je vous en prie, il y va, je le suis. Il a cette fois plongé très en profondeur, effectue des rouleaux impeccables, revient à la surface pour mieux replonger, je le suis donc cette fois sans peine, nageant comme à travers un efferalgan géant – comme c’est joli. Une autre en conclurait qu’il donne là une leçon de natation, Prends-en de la graine, apprentie dauphine, c’est ainsi qu’il faut faire, user tout son potentiel, trouver des figures inédites. Moi, je ne vois là qu’hommage à ma personne, parade nuptiale à moi dédicacée. Pauvre fille.

 

 

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comment c’était

 

Elle est si petite cette piscine que je me sens comme une baleine dans un bocal. N’irai plus jamais visiter aucun aquarium, fût-il aussi vaste que le Kaiyûkan d’Osaka – Kai et Yû étaient les noms des deux premiers spécimens du lieu, le mâle et la femelle, inséparables.

Je renonce à compter mes aller-retours parce que c’est fatigant. Pour dire la vérité, si je n’ose, c’est que je ne suis même pas sûre de savoir compter jusque-là.

 

happy