Pour lire heureux, lisons couchés.
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Pour lire heureux, lisons couchés.
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Retrouvé ces jours-ci par hasard s’il existe ce poème paru dans le magazine franco-japonais « Les Voix ». C’était en 1999. Tu le crois ?
IL
Il m’a appris la chose la plus simple du monde, la plus universellement connue sauf de moi, la plus rassurante aussi, que rien ne peut rivaliser avec la lumière du soleil, rien
Il m’a appris toute chose élémentaire
que le premier mouvement qu’on fait pour marcher n’est pas de lever le pied mais de se pencher en avant
que tout ce que je dis pourra être retenu contre moi
Il m’a appris câlin – câlinou – câlin – câlinou – câlinou – câlinette (bis) avec la voix qui monte à la fin
Il m’a appris que le plus beau livre s’appelle Quand les courges étaient en fleur
et que Pasternak, c’est pas mal non plus
Il m’a appris le quartier des Batignolles avant Barbara
Il m’a appris The Clash
Il m’a appris que j’étais une petite-bourgeoise parce que ça alors vraiment je savais pas. Je buvais du vin, je savais pas
Il m’a appris les dunes de la Somme
Il m’a appris que les Beaux-Arts, c’est pas le top
Il m’a appris que j’avais souvent l’air étonné
Il m’a appris après 10 ans de séparation que c’était pas grave, qu’on pourrait peut-être avoir un enfant
qu’il y a des gens qui ne changent pas
que la marche, c’est un bon moyen de lutter
Il m’a appris qu’il trouvait de temps en temps des tickets de métro (neufs) par terre
Il m’a appris qu’il pouvait vivre avec 10 francs par jour
Il m’a appris sa fontaine préférée
Il m’a appris la fragilité du martinet, qui meurt si on l’encage.
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Et je n’ai pas la moindre photo de Mitja. Tu le crois ?
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C’est pas Marie Kondo
c’est les objets qui disparaissent d’eux-mêmes
fichent le camp
vont voir ailleurs
c’est pas idiot
c’est pas Marie Kondo
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Et je te parle pas des mots
les mots, si tu savais

C’est pas sale
c’est du thé
C’est pas sale
c’est des cendres
C’est pas sale
c’est une valse

Le petit terrain de sport à côté de chez nous s’est transformé en
comment dire

non pas en chaussurerie
quoique

mais en drôle de
jardin partagé

annoncé par diverses grolles

imagine mon émotion

Si j’ai le choix
la prochaine fois
une tout autre zone prendrai
où ça cuit moins
où ça ne brûle pas
un endroit tempéré
pour le cutané
le sous-cutané
tout sauf
le zona
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Une infirmière préposée à la sacro-sainte illutation agite sa main gantée de caoutchouc à l’adresse, tout là-bas, du sosie d’Édouard Philippe (en peignoir). Qui lui rend avec élégance un signe d’intelligence. Après quoi il entreprend de la rejoindre, lentement, solennellement, comme aimanté. J’ai vraiment l’impression qu’ils vont s’en rouler une. S’arrêtent juste à temps.
– Méfiez-vous d’elle, glisse Édouard à un jeune peignoir obèse sagement assis qui n’avait rien demandé, elle va vous en-glu-er.
Rires de gorge de l’infirmière.
– Ça va être votre fête… n’ajoute-t-il pas.
C’est mon dernier jour. Je ne suis plus une bleue. Mes yeux se dessillent. Je repère les plans drague. Le mono de mobilisation et le maillot multicolore ; ce rebelle et cette jaune ; P3 et P4 et le masseur sous l’eau… Sous la blancheur duveteuse des peignoirs ou des blouses, ça mouille sec – pardonne l’oxymore.
Les thermes ? Temple de l’érotisme, vaste baisodrome… pas la première année toutefois. Et chacun, chacune de me dire d’un ton appuyé À l’année prochaine.
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