renardeau

 

Dieu qu’il était roux. Il s’inquiétait de l’heure, comptait mentalement les stations de métro. Tout était roux chez lui, les cheveux, la peau, les yeux, le cartable, et jusqu’à son papa. Il fronçait très légèrement les sourcils à cause des cinq minutes de retard qu’il calculait. J’avais envie de lui dire que moi aussi, j’étais à la bourre et que c’était pas grave. Pas si grave. Avec les yeux que tu as, mon vieux, franchement. Mais les enfants m’intimident. Ma station est arrivée. Il en avait encore deux à supporter. Deux minutes de retard de plus au compteur. On s’est regardés une demi-seconde, mais si tu m’apprivoises. Mon cœur s’est arrêté.

Clic.

chemins de fer

 

C’est à croire que la louise aimante la ferraille rouillée…

Passé les perplexités, les douces moqueries, arrivent de tous côtés des offrandes pieuses.

Du trop joli d’abord, puis quand on voit que, dans la benne, elle retient le plus informe, le plus ravagé, le plus méconnaissable, le vraiment plus bon à rien, les scrupules fondent. La louise voit enfin venir à elle du fond des caves, du fond des âges, de la belle et bonne rouille croûtée. Qui présente enfin des effritements, des béances, des boursouflures inspirantes.

Et qui fut des ressorts, des clous, des dés, des outils, des seaux. Toutes sortes de fils de fer noués. Des écheveaux cassants.

Des pelles, des pioches, des vis et des boulons.

Des gamelles-melles-melles.

Des bidons-dons-dons.

Des gamelles et des bidons…

 

DSC07376

 

La rouille finistérienne triche. Confond la louise de l’automne 2011 dès son arrivée à Douarnenez. Dans une anse du port, des épaves de vieux gréements exposés en un mikado grandiose lui en livre par tonnes qui s’oxydent dans le gris. Mémoire. Silence. Grâce. Rien ne manque, ni l’âme, ni le supplément d’âme.

Louise est écrasée. Jalouse. C’est de la triche.

L’esprit de sel sublime la rouille de mer.

La louise rétablit la frontière. Sa rouille à elle, qu’on se le dise, est et sera rouille d’eau douce.

 

Françoise Louise Demorgny, Rouilles, éditions isabelle sauvage, 2015

comment savoir

 

Elle se dandine d’un pied de cinq ans sur l’autre, levant les yeux vers son aînée,

Alice tu préférerais un petit frère ou une petite sœur à la place de moi ?

~

~

Se sent-elle si malheureuse à cette heure-ci, sur le quai du métro

ou bien

OU BIEN

ne serait-elle finalement qu’une petite masque !

DSC07052

Eugène

 

 

DSC07345

Il est où, Eugène ?

Je comprends pas, il était là il y a deux minutes

DSC07348

Il ne s’est pas senti bien

est allé s’allonger

il est désolé, tu sais

DSC07347

C’est vrai ?

C’est trop dommage,

j’avais apporté mon Bufo bufo bufo

~

mercredi 29 juin

Les Traversées

2 rue Édouard Quenu

75005 Parisse

 

comme si c’était hier

 

Je me souviens que pour ce plan

DSC07324

il fallait que rien ne se passe.

Absolument rien.

Aura suffi que je dise Action !

pour que, fatal, passe un ferry

surgi de nulle part.

Des plombes  on a attendu qu’il disparaisse.

~

~

Après, ce furent les oiseaux.

DSC07326

Si, je te jure,

des oiseaux,

une multitude.

Par vagues.

~

~

Il en va toujours ainsi quand pour une fois,

la seule fois de ta vie,

tu as envie que RIEN ne se passe.

 

DSC07340

Jellyfish, film 8mm, 80mn, 2003