chemins de fer

 

C’est à croire que la louise aimante la ferraille rouillée…

Passé les perplexités, les douces moqueries, arrivent de tous côtés des offrandes pieuses.

Du trop joli d’abord, puis quand on voit que, dans la benne, elle retient le plus informe, le plus ravagé, le plus méconnaissable, le vraiment plus bon à rien, les scrupules fondent. La louise voit enfin venir à elle du fond des caves, du fond des âges, de la belle et bonne rouille croûtée. Qui présente enfin des effritements, des béances, des boursouflures inspirantes.

Et qui fut des ressorts, des clous, des dés, des outils, des seaux. Toutes sortes de fils de fer noués. Des écheveaux cassants.

Des pelles, des pioches, des vis et des boulons.

Des gamelles-melles-melles.

Des bidons-dons-dons.

Des gamelles et des bidons…

 

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La rouille finistérienne triche. Confond la louise de l’automne 2011 dès son arrivée à Douarnenez. Dans une anse du port, des épaves de vieux gréements exposés en un mikado grandiose lui en livre par tonnes qui s’oxydent dans le gris. Mémoire. Silence. Grâce. Rien ne manque, ni l’âme, ni le supplément d’âme.

Louise est écrasée. Jalouse. C’est de la triche.

L’esprit de sel sublime la rouille de mer.

La louise rétablit la frontière. Sa rouille à elle, qu’on se le dise, est et sera rouille d’eau douce.

 

Françoise Louise Demorgny, Rouilles, éditions isabelle sauvage, 2015