journal

du cran

Ça m’a toujours rendue malade. Je respire minimal, yeux à terre, la suée monte, le délire peut commencer, j’imagine la panne et alors là tu fais quoi. C’est toujours comme ça quand je partage l’ascenseur de la rue du Moulin-Vert. Jamais connu cabine aussi étroite. Pour ma défense, José habite au sixième. C’est pas ce que je voulais dire. Pour ma défense il y a Sabato. Dans Le tunnel, un mari jaloux s’arrange pour coincer dans l’ascenseur de sa villa sa femme et son amant. Ça dure tout l’été. Ça ne se termine pas bien.

J’ai mis le holà. À la dame qui me suivait d’un pas décidé j’ai dit Non pardon ce n’est pas possible on ne peut pas monter à deux ça m’étouffe. Elle a ouvert les yeux comme dans les films d’animation.

C’est quoi la phrase avec ridicule, déjà ?

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Atsuko Nakatsugawa, Jellyfish

buller

 

Une vraie boule de nerfs j’étais avant ce matin, à savoir depuis des jours et des jours. Avant, c’était l’impatience sinon la hargne. Avant, fallait pas me chercher. Jusqu’à ce qu’enfin, elle me tombe dessus d’un coup, entre deux rendez-vous.

Le temps de voir le brouillard de 9 heures du matin prendre tout son temps pour se dissiper, sentir mes doigts devenir gourds en cheminant du 11e au 3e arrondissement, assister aux ouvertures à la paresseuse des dernières boutiques, prendre des photos mentales ou phonées de tel mur, telle façade – Votez Jankélévitch. J’ai bullé, quoi.

Après je n’exigerai plus rien, je ne ferai plus la difficile. Après je suis tout sourire tu me demandes ce que tu veux. Puisqu’elle est venue en douce, celle que j’attendais de tout mon moi. La vacance. Deux heures pleines d’elle et de rien d’autre dedans.

Mon rendez-vous de 11h11 me guide dans un expothon mémorable pour me faire ensuite une surprise. Il a convié deux amis chers à déjeuner. Ça, ça s’appelle la cerise sur la vacance.

 

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