inconditionnels

tiens, lis ça

 

Mon corps a encore craqué pour des baskets. Il les a tout de suite remarquées, dans la lumière, posées presque négligemment, l’une des deux couchée sur le côté, les lacets défaits, c’est vrai qu’elles ne ressemblaient à aucunes autres, on aurait dit des chaussures du futur. Mon corps les a essayées, il les a trouvées limite trop petites, il n’y avait pas la taille au-dessus, il a dit qu’elles allaient se détendre, il a demandé le prix, tout est allé très vite, il a dit qu’il les prenait, il a sorti ma carte, il a tapé mon code, il a dit merci, merci. Mon corps a craqué pour une paire de baskets jaune fluo, le genre de baskets que je n’aurais jamais achetées.

Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus

not guilty

 

J’ai vécu rua do Laranjal, dans le quartier d’Ajuda à Lisbonne. Nous aurions aimé nous installer à Lisbonne. On a toujours l’espoir qu’on mènera une vie différente en s’installant loin de chez soi. Ne pas mener la vie que l’on attendait de moi aura été a posteriori une constante inconsciente dans nombre de mes choix. J’ai souvent l’impression d’avoir développé un certain talent dans l’art de décevoir, talent dont je me suis accommodé et dont j’apprécie même les saveurs sures. Lisbonne, on n’a pas pu, ou pas su. Par ailleurs, la Calçada d’Ajuda, où nous avons logé récemment lors d’un séjour de vacances, est en pleine phase de gentryfication et nous pouvons nous dire que nous n’y sommes pour rien.

Philippe Guerry, Je ne suis pas un robot

 

 

gentryf

Monsieur Personne

 

Dire qu’il aura fallu que je vinsse à Lisbonne pour comprendre que Fernando Pessoa s’appelle Fernand Personne (comme une personne, enfant ou adulte).

 

solo

 

Dans les années 80, j’avais appris par cœur le début d’un long poème personnien.

 

Je ne suis rien.

Je ne serai jamais rien.

Je ne peux vouloir être rien.

À part ça, je porte en moi tous les rêves du monde.

~

sourire

Fernando Pessoa, Bureau de tabac (Tabacaria), trad. Rémy Hourcade

bienfaits de la maladie

 

En général, les gens sont exténués par leur métier, par leurs préoccupations, par leurs plaisirs. On n’a pas tous les jours la chance de tomber malade. Songez qu’il faut, à un homme normal, une typhoïde au moins pour lire Proust. Pour Saint-Simon, une tuberculose.

Jean Paulhan, Entretiens à la radio avec Robert Mallet