Souffrance. L’eau souffre-t-elle quand on la fait bouillir ?
André Hardellet, Les chasseurs
Ta sœur et toi aviez quatre ans d’écart. Elle était adolescente lorsque ta mère est morte. Elle était devenue la seule femme de la maison et avait décidé que c’était à elle de s’occuper de toi, elle voulait que tout soit comme avant. Une dizaine de jours après l’enterrement, elle t’avait dit : il va falloir qu’on s’organise sinon on ne va jamais s’en sortir. Tu avais fait oui de la tête sans comprendre, sans chercher à comprendre, ton père prenait soin de vous, vous n’étiez plus que trois mais les choses étaient comme avant. Sans en parler à ton père, elle avait noté sur une feuille de papier en quoi consistait l’éducation de votre mère et s’était appliquée à suivre point par point ce que disait la liste. Un soir où je dormais chez toi, tu m’avais montré la feuille que tu avais trouvée en fouillant dans sa chambre. La liste disait :
Elle y avait ajouté sa touche personnelle, c’était à la fin de la liste et ça s’appelait « Touche personnelle » :
Tu avais eu un chien pour tes onze ans, tu connaissais les chansons de Bowie par cœur et moi aussi par la même occasion, elle t’avait appris à faire les lessives de toute la famille avec tant de soin que tu aurais pu ouvrir une blanchisserie, je dormais chez vous tous les mardis soir.
Valérie Sigward, Markus presque mort
Vivre la vie d’écrivain, est-ce encore appartenir à l’espèce humaine ?
Cet être si particulier, cet « original » dont tout le monde se dira en le lisant : « c’est moi ! », a pour seul aliment, pour seul instrument, le langage, sujets, verbes, compléments, phrases, adjectifs, adverbes, prépositions, conjonctions, temps, rythme, tout cela qui est le propre de l’homme et rien d’autre.
Jérôme Prieur, Proust fantôme
Pourquoi les biographies ne commencent-elles jamais par d’autres mots que de coutume ? Ceux-ci, au hasard : « Mort à paris le 18 novembre 1922, Marcel Proust demeure actuellement dans le vingtième arrondissement, non loin de la place Gambetta »…
Jérôme Prieur, Proust fantôme
c’est un chat mourant qui m’observe
il me demande guéris-moi
toi l’homme à qui j’accorde foi
il ne suffit pas de m’aimer
à ta façon un peu distraite
tu devrais pouvoir me soigner
si tu étais ce dieu des bêtes
que certains disent que tu es
or je lui parle doucement
maintenant au-delà des ans
il est compagnon de mes veilles
il est présent quand je m’éveille
et je suis certain qu’il m’attend
quelque part dans un creux du temps
(i.m. Chamisso)
Jean-Claude Pirotte, Sonnets vagues
quand j’écris le premier vers
j’ignore tout du deuxième
j’allais dire du second
voici déjà le quatrième
le quatrain c’est le second
il n’y a pas de troisième
les tercets bientôt viendront
si le courage m’entraîne
et je commence un tercet
mû par la nécessité
d’aller au bout du sonnet
au fond ce n’est pas chinois
n’importe qui a le choix
de pratiquer comme moi
Jean-Claude Pirotte, Sonnets vagues
Je venais de lire une nouvelle de Pierre Autin-Grenier qui m’avait terrifiée. Et je tombe dans la rue sur un pigeonneau coincé entre un baquet de plantes et la paroi de verre de la terrasse d’un café. Qu’est-ce qui me prend. Je l’attrape et le ramène à la maison. Depuis, il fait la gueule.
Ah oui, la citation :
Dans une mare de sang mêlé de plumes, à grands coups de machette deux bandits en riant dépeçaient un ange. (L’ange au gilet rouge)