inconditionnels

lieu commun

Il existe dans la société des couches horizontales, formées par les individus de goûts similaires, et dans ces couches les rencontres fortuites (?) ne sont pas rares, surtout quand à l’origine de cette stratification se trouve quelque caractéristique d’une minorité. Il m’est arrivé de rencontrer une même personne dans un quartier de Berlin, puis dans un petit bled presque inconnu d’Italie et, finalement, dans une librairie de Buenos Aires. Est-il raisonnable d’attribuer au hasard ces rencontres répétées ? Mais j’émets là un  lieu commun  :  tout passionné de musique, d’esperanto, de spiritisme le sait parfaitement.

Ernesto Sabato, Le tunnel

 

lux veniz

manie

À l’époque où j’avais des amis, ils se moquaient souvent de ma manie de choisir toujours les solutions les plus compliquées : moi, je me demande pourquoi la réalité devrait être simple. Mon expérience m’a appris qu’au contraire, elle ne l’est pour ainsi dire jamais et que, quand quelque chose paraît extraordinairement clair, ou qu’une action semble obéir à une cause toute simple, presque toujours il y a par en-dessous des mobiles plus complexes.

Ernesto Sabato, Le tunnel

 

chats

cueillette

 

gants bis

Passer la journée à se demander s’il y a des fous dans sa famille, parmi ses pas trop lointains ancêtres…

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Au milieu d’un bois, fermer les yeux, et entendre les oiseaux : impossible de penser que leur chant soit du bavardage, et qu’ils ne soient pas conscients de leur bonheur.

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La poésie et l’égoïsme du vent…

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Je ne connais rien de plus mystérieux ici-bas que l’eau.

Cioran, Cahiers 1957-1972

kill your darlings

Achever un tableau, c’est l’achever.

Picasso

– Entre l’achèvement et la chose qui devient belle, et trop léchée… Tout récemment, j’ai vu une phrase de Faulkner, il n’y a pas longtemps, qui disait : Il faut tuer ses chéris, Kill your darlings, ceux qu’on aime tellement parce qu’ils sont si beaux, si charmants à voir… Il faut s’en débarrasser, ils sont dangereux. J’ai trouvé magnifique cette phrase qu’il a écrite. Tuez vos chéris.

– C’est ce que vous faites ?

–  Justement,   récemment,  j’en ai tué,  en repensant  à ça.   C’est  un  déchirement,  on les a tellement choyés, travaillés, ils sont mignons et jolis à regarder… Ils portent un élément de mort. Ils peuvent tuer le texte autour…

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nathalie

Nathalie Sarraute, Conversations avec Claude Régy, 1989

Je me souviens (8)

 

417 – Je me souviens d’une compilation qui bénéficie d’un bouche-à-oreille incroyable : des enregistrements effectués en Éthiopie dans les années 70, avec un groove à tomber à genoux, et la réputation d’être “du jazz pour ceux qui n’aiment pas le jazz”. C’est bien vendu, mais c’est encore en-dessous de la réalité : écouter pour la première fois Éthiopiques Volume 4 est une expérience à nulle autre pareille. Comme découvrir le son d’un continent disparu.

 

493 – Je me souviens d’un groupe qui envoie tous les ans une chanson à ses amis à l’occasion des fêtes. C’est ce qui semble être son unique signe d’activité, et peut-être même sa raison d’être. Figurer sur son fichier, c’est appartenir à une société secrète : on ne sait pas qui sont les autres, on ne sait pas s’ils sont nombreux et on se garde bien d’en parler autour de soi. Écouter LE PLUS SIMPLE APPAREIL, c’est peut-être le dernier des privilèges.

 

449 – Je me souviens que c’est toujours au moment où je crois avoir fait le tour de tous les “trésors cachés” que je tombe sur un truc incroyable : BILL FAY, JUDEE SILL, ALZO & UDINE, BIFF ROSE… Comme un pêcheur qui, au moment de mourir de faim, remonterait la prise de sa vie.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous, édition inmybed

 

Moi, si j’étais inmybed , c’est simple, je rééditerais Trente-neuf ans et demi pour tous.

Je me souviens (7)

 

383 – Je me souviens d’un morceau de rap français sur lequel je reconnais l’intro d’un 33 tours du “Manège enchanté” que j’écoutais sans arrêt quand j’étais enfant. Évidemment, le sample n’est pas crédité. Sur la pochette, les deux rappeurs roulent des mécaniques. Aller piquer dans le sac de Margotte, y’a pourtant pas de quoi être fier.

 

428 – Je me souviens d’une couverture de Rock& Folk portant l’accroche suivante : “REM, où est le problème ?”. Visiblement, le bouclage a été difficile ce mois-là.

 

399 – Je me souviens que l’annonce de la disparition d’ELLIOTT SMITH me fait moi aussi comme un coup de couteau dans le ventre.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)

 

Je me souviens (6)

 

340 – Je me souviens de “Cœur défiguré”, la face B de “Succès fou” de CHRISTOPHE. Un des plus beaux hommages à SUICIDE qu’il m’ait été donné d’entendre.

 

406 – Je me souviens que parmi les images de NICK DRAKE, il n’en existe aucune de lui en train de chanter ses chansons, et que cette absence les rend encore plus magiques. Je me souviens par contre qu’il existe sur Youtube un film en super-8 le montrant en train de fendre la foule de dos, sauf que rien ne prouve que ce soit lui. Pourtant, vu son allure fantomatique, l’hypothèse est séduisante.

 

436 – Je me souviens du jour où, sur l’heure du déjeuner, je croise GOGOL 1er à la piscine avec ses enfants. Voir l’auteur de “J’encule” en maillot de bain, ça me fait quand même quelque chose.

 

Philippe Dumez, Trente-neuf ans et demi pour tous

(à suivre)