Nathalie Sarraute

comme si

 

Je crois toujours que quand nous cherchons un objet qui a disparu, nous éprouvons le même sentiment que devant le néant ou la mort qui nous hantent à ce moment-là et, comme nous ne pouvons pas l’affronter, nous nous accrochons à la disparition de l’objet. Quand l’objet reparaît, si nous l’avons retrouvé, c’est comme si la mort, la disparition de tout s’écartait pour un instant. L’objet est là. Les dieux nous sont propices.

 

jolinavet

Nathalie Sarraute

Entretiens, Simone Benmussa

kill your darlings

Achever un tableau, c’est l’achever.

Picasso

– Entre l’achèvement et la chose qui devient belle, et trop léchée… Tout récemment, j’ai vu une phrase de Faulkner, il n’y a pas longtemps, qui disait : Il faut tuer ses chéris, Kill your darlings, ceux qu’on aime tellement parce qu’ils sont si beaux, si charmants à voir… Il faut s’en débarrasser, ils sont dangereux. J’ai trouvé magnifique cette phrase qu’il a écrite. Tuez vos chéris.

– C’est ce que vous faites ?

–  Justement,   récemment,  j’en ai tué,  en repensant  à ça.   C’est  un  déchirement,  on les a tellement choyés, travaillés, ils sont mignons et jolis à regarder… Ils portent un élément de mort. Ils peuvent tuer le texte autour…

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nathalie

Nathalie Sarraute, Conversations avec Claude Régy, 1989