inconditionnels

Zzzzz

    4. Lectures

Moustiques est le titre d’un roman de Faulkner que je n’ai jamais lu.

Mais je m’y promène les yeux fermés.

Et j’entends les claques sonores que les personnages se donnent à la volée.

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5. Allègement

En été, on s’allège.

On devient léger comme une plume.

On imite le moustique au corps minuscule.

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10. Choses inexplicables

Parfois et contre toute attente

Les moustiques ne viennent pas.

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11. Énigmes naturelles

Ils aiment les feuillages du noisetier.

Tout près de la voiture.

Pour quelle raison ?

On aimerait savoir.

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  1. Heures favorites

Ils aiment certaines heures

Et pas d’autres.

Le matin ou le soir. Certaines heures de la nuit.

Et 15h17.

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Marc Kober, Traité du moustique en zone libre, gravures de Vincent Rougier

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AVIS !

Marc signera son livre au Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice, ce vendredi 12 juin à 18 heures, stand 503, près du podium et de la fontaine

dans la cuisine

 

Une fois de plus, le feu s’est déclaré  dans la cuisine ; mais nous avons tous été si rapides à réagir qu’il était déjà éteint quand le pompier est arrivé – et pourtant, il est arrivé presque tout de suite ; il n’y avait vraiment rien à lui reprocher. Du coup, comme il n’avait plus rien à faire, le pompier est resté dans notre cuisine, dans sa tenue de pompier, avec interdiction de lui parler.  Les jours ont passé, et nous avons toujours entre le frigo et la cuisinière ce pompier qu’il nous faut contourner pour atteindre l’évier. C’est agaçant car notre cuisine est plutôt exiguë, et nous sommes nombreux à l’utiliser ; et il reste là, bêtement, à nous regarder dans nos allées et venues, en attendant sans doute qu’un nouvel incendie se déclare.

Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux

en bas à gauche

 

J’avais bien vu qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, mais je ne savais pas quoi. Comme ni manger un hot-dog ni regarder la télé ni aller faire pipi ni faire une sieste sur le canapé n’ont arrangé les choses, j’ai creusé un peu la question et, en bas à gauche, j’ai vu que j’étais triste. J’ai même appris pourquoi : apparemment c’est parce que quelqu’un est mort. Quelqu’un que je connaissais, évidemment – mais je ne sais pas qui. Il va falloir que je mène toute une fastidieuse enquête pour savoir qui manque à l’appel.

Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux

plop !

 

Interlude horticole

Il aime le « plop ! » que fait un arbre quand il le plante. Une forêt, c’est « plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! plop ! »

Et puis après ils se reproduisent tout seuls.

En silence.

Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux

instants becquettiens

N – Prénom

Dans son école primaire, il y avait une deuxième Nina, extrêmement populaire.

C’est pourquoi elle, on l’appelait “l’autre”.

D – Surnom

Il était dans la classe supérieure de leur lycée.

Il était beau, distant, mais surtout il avait l’oreille absolue.

Il jouait de la guitare comme un virtuose.

Ils l’appelaient Dieu.

W – Prénoms

Tous les garçons asiatiques de l’école de mes enfants portent des prénoms très français ou anglais : Rémi, Philippe, William…

Ils ont un vrai prénom chinois mais refusent de le dire. C’est des malins, ils ont bien compris qu’une fois que l’on donne son véritable nom à son interlocuteur, celui-ci prend le pouvoir sur vous.

Il faut garder son nom secret.

Camille Becquet, Prénoms (et autres)

universel

 

Il est plus âgé que ma cousine et moi. Il est venu avec son frère, anecdotique, insignifiant. Nous nous enfermons dans la chambre et nous enregistrons une fausse émission de radio sur une cassette. Il fait les spots publicitaires. Il déclame : « Buvez Coca-cola, le seul dentifrice qui vous donnera des cheveux secs. » Le slogan s’imprime dans ma mémoire. Je suis amoureuse.

Je tombe toujours amoureuse des garçons qui me font rire. Parfois, ils sont cyniques.

 Camille Becquet, Journal intime universel