Auteur : placide99

Avatar de Inconnu

À propos de placide99

"Il n'avait plus de clefs depuis bien longtemps, depuis qu'il les avait perdues au cimetière en creusant un trou pour l'idiot du village, terrassé par une division à virgule." Joël Egloff, Edmond Ganglion & fils. Susceptible de finir idem, terrassée par une division à virgule. Très possible. www.ifnothinghappens.com

sombre dimanche

 

Il est haut comme trois pommes. Je le vois appuyer sur Retours – le bouton le plus gros. Ses livres sont refusés instantanément. Il tourne un peu sur lui-même, personne en vue. Je m’approche. Tu veux emprunter des livres ? Oui, qu’il fait. On y retourne ? Oui. Tu mets ta carte ? Le petit visage se décompose. Il cherche sa mère, c’est elle qui doit l’avoir. Elle est tout là-bas, au rayon DVD, parlant avec son téléphone. La médiathèque ferme dans dix minutes. Je l’interromps, Excusez-moi mais votre fils a besoin de sa carte. Elle consent à se décoller une seconde, Il l’a perdue, je crois. Je rêve ou elle sourit ? Avant de s’éloigner pour continuer sa conversation. Les larmes commencent à couler sur les joues du garçon. Il a quel âge ? Attends, ça devrait pouvoir s’arranger, écoute… Allons demander aux bibliothécaires. Bonsoir, Mademoiselle, il a perdu sa carte. La charmante lui demande son nom, etc. Attrape toute une liasse de cartes qu’elle examine. La sienne est retrouvée ! Je n’y crois pas, j’ai des ailes aux pieds.

 

Plus tard, à l’arrêt de bus, je les vois passer. Elle n’a pas lâché son téléphone, épanouie, tandis que lui, devant, a quelque chose de rageur dans la marche. Tant pis pour le bus, je traverse. Tu as pu emprunter ce que tu voulais ? Il secoue la tête. Je regarde la mère, qui consent derechef à éloigner son portable de son oreille, le temps de soupirer, Il avait encore des CD à la maison. Après quoi elle reprend le fil, nous n’existons plus. C’est pas grave, tu sais, tu vas vite les rapporter et tu pourras les avoir, tes livres ! Il ne lève même pas les yeux quand il articule, Y’a école mardi. J’ai beau arguer, Ce sera mercredi, ça va venir très vite ! il ne sourit pas. Et à sa place, entre nous, moi non plus, je n’aurais pas daigné rigoler.

 

DSC06710

du cran

 

– La prendre ou pas. Elle ressemble terriblement, ce pourrait être celle de…

– Alors là n’importe quoi, ça n’a rien à voir, d’ailleurs on n’y voit rien avec cette tignasse qui la cache

– Une chevelure, on dit. Non, c’est à s’y méprendre au contraire, mais tu ne l’as jamais vraiment regardée, avec tes a priori sur tout

– C’est pas ton genre, point barre

– De toutes façons, il y a trop longtemps que je n’ai pas pris de risque, j’y vais. Suffit qu’il ne remarque rien

– Et son sixième sens ?

 

 

DSC06515

Et puis elle est nulle, ta photo

– L’art et toi, hein… La fille en arrière-plan, tu vois pas comme elle s’intègre parfaitement ?

– Tu sais pas cadrer, quoi.

– Allez ! Et sa capuche, elle est pas chou, sa capuche ?

instants becquettiens

 

Mon studio en hauteur jouit d’une jolie vue sur Paris, hélas, un immeuble cache malencontreusement la tour Eiffel. J’ai demandé à ce que tout ça soit rasé, mais ça traîne, ça traîne !

 

Certains comprennent que si vous mettez 8 torchons à disposition, il faut utiliser les 8 torchons.

 

Depuis qu’il a oublié son spray et ses pastilles anti-ronflements, je sais qu’il n’est pas de tout repos de dormir auprès de Keith.

 

chat

~

Camille Becquet, Room Service – Airbnb my guest

camillebecquet.com

tourner en rond, respirer carré

 

Parfois, Elaine me dit des choses terrifiantes. Je suis terrifiée. Elle me dit, Allez quoi, vas-y, fonce ! J’y vais en rêve, je fonce en songe, ça met de l’aventure dans la vie. Ah, la virtualité.

DSC06624

Hier matin, elle m’a appris la respiration carrée

DSC06626

Ne saurais dire quoi mais quelque chose a changé.

© Yuzu Cardonnel

la faute à Stéfane

 

Ce jour, Anatole est malheureuse comme

– Malheureux, on dit malheureux, non ?

– Malheureuse, je te dis

– M’enfin…

– C’est une fille, fiche-moi la paix. Cela dit, ta question n’est pas infondée, il ne fait pas froid à la maison, malgré l’hiver (bis). Or,  il y a ce constat. Malheur il y a.

– N’exagérerais-tu pas un ptit peu ?

– J’ai ce penchant, je l’avoue

– Ha ha !

– Ne triomphe pas pour autant. Le confort n’est pas tout. Anatole se pose des questions. En plus, elle pleure tout le temps.

– Aïe

– Tu brûles. C’est peut-être la faute à Stéfane

 

AVT_Stephane-Mallarme_1949

 

– Comment que tu causes…

– Oh lâche-moi, on est en ouik. Elle ne m’a rien dit, j’ai juste cette impression

– Laquelle ?

– Qu’elle est malheureuse comme mes pierres

– Permets-moi de t’arrêter une seconde, ça ne veut rien dire

– C’est une expression personnelle.

– Comme tes pierres ?

– Xactement

– Tu as bu ?

– Oui

 

 

fargo