
Commence pas, veux-tu

j’ai rien à te dire

je t’ai pas appelé

je t’ai rien demandé

escuse-moi mais il y a du boulot qui m’attend, là

oh, c’est facile de se moquer
entre nous, je trouve ça pitoyable

allez, laisse-moi tranquille
s’il te plaît.

Commence pas, veux-tu

j’ai rien à te dire

je t’ai pas appelé

je t’ai rien demandé

escuse-moi mais il y a du boulot qui m’attend, là

oh, c’est facile de se moquer
entre nous, je trouve ça pitoyable

allez, laisse-moi tranquille
s’il te plaît.
Cueilli un scarabée hier à la surface de la piscine, une vulgaire cétoine.
Trop belle.

Trop tard.
Dieu qu’il était roux. Il s’inquiétait de l’heure, comptait mentalement les stations de métro. Tout était roux chez lui, les cheveux, la peau, les yeux, le cartable, et jusqu’à son papa. Il fronçait très légèrement les sourcils à cause des cinq minutes de retard qu’il calculait. J’avais envie de lui dire que moi aussi, j’étais à la bourre et que c’était pas grave. Pas si grave. Avec les yeux que tu as, mon vieux, franchement. Mais les enfants m’intimident. Ma station est arrivée. Il en avait encore deux à supporter. Deux minutes de retard de plus au compteur. On s’est regardés une demi-seconde, mais si tu m’apprivoises. Mon cœur s’est arrêté.
Clic.
C’est à croire que la louise aimante la ferraille rouillée…
Passé les perplexités, les douces moqueries, arrivent de tous côtés des offrandes pieuses.
Du trop joli d’abord, puis quand on voit que, dans la benne, elle retient le plus informe, le plus ravagé, le plus méconnaissable, le vraiment plus bon à rien, les scrupules fondent. La louise voit enfin venir à elle du fond des caves, du fond des âges, de la belle et bonne rouille croûtée. Qui présente enfin des effritements, des béances, des boursouflures inspirantes.
Et qui fut des ressorts, des clous, des dés, des outils, des seaux. Toutes sortes de fils de fer noués. Des écheveaux cassants.
Des pelles, des pioches, des vis et des boulons.
Des gamelles-melles-melles.
Des bidons-dons-dons.
Des gamelles et des bidons…

La rouille finistérienne triche. Confond la louise de l’automne 2011 dès son arrivée à Douarnenez. Dans une anse du port, des épaves de vieux gréements exposés en un mikado grandiose lui en livre par tonnes qui s’oxydent dans le gris. Mémoire. Silence. Grâce. Rien ne manque, ni l’âme, ni le supplément d’âme.
Louise est écrasée. Jalouse. C’est de la triche.
L’esprit de sel sublime la rouille de mer.
La louise rétablit la frontière. Sa rouille à elle, qu’on se le dise, est et sera rouille d’eau douce.
Françoise Louise Demorgny, Rouilles, éditions isabelle sauvage, 2015
Elle se dandine d’un pied de cinq ans sur l’autre, levant les yeux vers son aînée,
Alice tu préférerais un petit frère ou une petite sœur à la place de moi ?
~
~
Se sent-elle si malheureuse à cette heure-ci, sur le quai du métro
ou bien
OU BIEN
ne serait-elle finalement qu’une petite masque !


Il est où, Eugène ?
Je comprends pas, il était là il y a deux minutes

Il ne s’est pas senti bien
est allé s’allonger
il est désolé, tu sais

C’est vrai ?
C’est trop dommage,
j’avais apporté mon Bufo bufo bufo…
~
mercredi 29 juin
Les Traversées
2 rue Édouard Quenu
75005 Parisse
Je me souviens que pour ce plan

il fallait que rien ne se passe.
Absolument rien.
Aura suffi que je dise Action !
pour que, fatal, passe un ferry
surgi de nulle part.
Des plombes on a attendu qu’il disparaisse.
~
~
Après, ce furent les oiseaux.

Si, je te jure,
des oiseaux,
une multitude.
Par vagues.
~
~
Il en va toujours ainsi quand pour une fois,
la seule fois de ta vie,
tu as envie que RIEN ne se passe.

Jellyfish, film 8mm, 80mn, 2003