des jours

 

  1. Certains jours je me dis que le principal n’est pas d’écrire quelque chose, le principal est d’écrire.
  1. D’autres jours je me dis que l’essentiel n’est pas d’écrire, mais d’avoir quelque chose à écrire.

Éric Pessan, En voie de disparition

elle et lui

 

Écrire ne fait rien revivre, dit-elle

tu perds ton temps, tu ferais mieux de t’occuper à plus utile

si tu me mets dans ton roman, je ne te revois plus, menace-t-elle.

 

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Le drame de l’écrivain :

Elle n’a pas lu le livre que j’ai écrit pour elle.

Éric Pessan, En voie de disparition

 

débat

Tu commets l’erreur de réfléchir une minute à ta prochaine question. Nikkei en profite pour se lever, il fourrage dans le frigo, il cherche de la menthe pour faire des mojitos avec le rhum. Tu lui dis que la menthe est dans le jardin. Tu ne l’achètes pas en barquette, tu la fais pousser. Il soulève un sourcil incrédule en ta direction, semble désemparé une seconde à l’idée de devoir cueillir une plante par lui-même. Les ciseaux sont suspendus au-dessus de l’évier, tu expliques en vain puisqu’il se rabat sur le citron vert qu’il a déniché dans le bac à légumes. P’tit punch, fait-il. Bovespa se propose pour la préparation. Cac40 demande si tu as prévu un truc à grignoter. Hang Seng semble s’être assoupi dans le canapé. Un portable sonne. Tu te mets en colère, tu avais demandé à ce que les téléphones portables soient coupés, au moins le temps du débat.

Éric Pessan, En voie de disparition

vendredi 13

Rien n’a de sens, rien ne se tient, tout est lié comme crottes de chèvres, c’est une chose entendue. Et cependant, la veille, j’avais vu The Lobster, fable formidable et guerrière qui m’avait terrifiée. Le soir-même, ce fut Alienare, à la maison de la Poésie, lu par Chloé Delaume en personne. Quand était posée à la voix delaumienne la question cruciale, quelque chose comme « Votre idéal, quel serait-il ? », elle n’arrivait pas à « ravaler » comme Héloïse Sterne et les cinq autres envoyés en zone blanche en mission spéciale (objectif : destruction de l’unité centrale) et répondait : « être celui qui reste, le dernier survivant ».

Aujourd’hui, bizarrement, nous sommes tous un peu des survivants.

rose efish

bruits de couloir

 

Je passe devant une salle de classe dont la porte est restée entr’ouverte. La voix tonitruante d’un professeur que je ne porte pas dans mon cœur crache, Mais enfin, la famille, c’est singulier ! On ne dit pas la famille sont ! Comment dites-vous en anglais, Ze family… Ze family…? Quand une voix venue du doux pays d’Utopie souffle « are »…

 

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interviou de Wilfried* (part 1)

Il faisait la première partie de Manuel Bienvenu à l’Espace  B, au printemps dernier. C’était beau. J’ai eu envie d’en savoir plus. D’où l’interviou.

 

Où l’on apprend que Wilfried* est un revenant

wil

– À 34 ans, à 34 ans seulement je découvre la seiche. Je l’adopte et j’ai cru comprendre, après des heures et des heures de station devant elles qu’elles aussi m’adoptaient, écrit Michaux à Supervielle. Un commentaire ?

– Ça me fait penser à un autre poète que j’aime bien, Francis Ponge, qui a écrit Notes pour un coquillage. En l’occurrence, le coquillage ne l’a pas adopté mais cette idée d’une maison, d’une habitation qui soit à la mesure de l’homme… Il parle des églises, il dit qu’elles sont immenses, qu’elles écrasent l’homme. Les hommes sont des fourmis au milieu des églises et il aimerait que leurs demeures épousent leur corps, soient à leur mesure, à leur taille, qu’ils puissent glisser à l’intérieur et qu’elles soient très proches de leur peau. Donc, il parle des coquillages…

– Michaux a découvert la seiche. Pour toi, qu’est-ce que ça pourrait être ?

– Il y a des découvertes tardives… Ce qui pourrait être marquant pour moi, sans doute, les textes gnostiques, j’ai beaucoup lu de textes religieux, même la Bible tout simplement…

– D’où vient Tonnerre, intellect parfait, justement ?

– De codex retrouvés en 1945 en Égypte. Ça s’appelle la bibliothèque de Nag Hammadi. Ce sont des papyrus qui regroupent les derniers témoignages de groupes religieux considérés comme des sectes, comme hérétiques par l’Église. C’étaient des disciples de Jésus qui avaient d’autres conceptions, cosmogoniques, un peu révolutionnaires à l’époque… Le monde était une espèce d’illusion entretenue par un démiurge, un démiurge fou en fait… et c’était par la connaissance qu’on pouvait sortir de ce monde.

Ça me semblait important que ce soit dit par une femme. C’est un personnage féminin. Ça allait bien avec l’album Matrice – ceci dit, Matrice, c’est aussi le titre d’un album qui préexistait, c’est Gérard Manset qui avait fait Matrice dans les années 80. Voilà, c’est une femme, c’est une déesse, c’est une sorte d’incarnation du Saint-Esprit avec sa dualité, son ambivalence, elle est une chose et son contraire en même temps, c’est ça qui m’intéressait…

– Ce qu’on retrouve beaucoup dans tes textes

– L’ambivalence, oui, le paradoxe, l’ambiguïté, la dualité même, ça m’intéresse effectivement.

– Il y a d’ailleurs dans Matrice un duo avec Chloé Delaume

– Chloé ? On se connaît depuis longtemps, depuis une dizaine d’années, on a fait des fêtes ensemble, on a des amis en commun, enfin voilà, on se connaît. Et elle avait ce texte inspiré par la série américaine Dexter et du coup, elle voulait une musique un peu lewiscarrollienne, un peu rétro comme ça, onirique… un peu comme un vieux film aussi… anglais… Elle avait la mélodie, les paroles, après, moi j’ai fait la deuxième voix. Je trouvais que ça rentrait bien dans le cadre du disque en fait, même si j’avais un peu de mal avec le texte qui est assez violent, c’est quand même une femme qui dévore un homme et lui, il se laisse dévorer…

– C’est vrai mais avec la musique, c’est très… acceptable ! (rires)

– Oui ? Après, j’ai réussi à mettre La Revenante. Finalement, j’étais content de mon tracklisting… C’est peut-être moi qui reviens dans La Revenante… Je me fais peut-être dévorer mais je reviens après donc je suis sauf !

double

liens vers Wilfried*

https://www.facebook.com/wilfried.etoile

http://wilfried.bandcamp.com/

empathie

Assise ce matin à côté d’une personne de petite taille. Plus émue, je ne sais pourquoi, que lorsque je croise un aveugle ou quelqu’un en fauteuil roulant. Ou un fou, une folle. Là, je sais pourquoi.

Un changement plus tard, un Africain sur l’autre rive et sans doute au-delà, hurle aux voyageurs, depuis le quai où il tangue, NE PLEURE PAS ! NE PLEURE PAS ! MAIS POURQUOI TU PLEURES ! NE PLEURE PAS !