one of those things

 

Mon oncle était chauffeur de bus. Il paraît qu’il lui arrivait, en pleine course, de s’arrêter au bistrot pour boire un coup. Les passagers étaient habitués. J’y pense parfois quand deux chauffeurs de bus se croisent au volant et se font un signe de reconnaissance, amitié ou simple connivence. Je me dis qu’ils auraient peut-être bien envie de nous planter là pour aller s’en jeter un. Me demande toujours un peu ce qui les retient.

 

la chèvre de Monsieur Seguin syndrome

 

Il m’avait confié un jour qu’une ancienne amie – je compris amourette – l’avait appelé un jour pour qu’ils se revoient. Au bout de dix ans. Dix ans c’est long ou c’est court ? Il avait accepté puis s’était dédit au dernier moment. Dix ans c’est lourd. Et moi, faraude, de me dire je ferai mieux qu’elle. Finaude, je n’attendrai pas dix ans nous autres. Ferai mieux que la vieille Renaude.

Pauvrette.

 

en coulisse

 

Il recommençait à neiger quand je me suis mis en chemin. C’était une neige qui tombait bien droit, et de laquelle se dégageait une étonnante impression de calme et de discipline. C’était comme si, en coulisse, on avait pris soin de rappeler à chaque flocon les consignes : Allez-y doucement, attendez bien, avant de vous lancer, que ceux du bas aient touché terre, prenez vos distances, respectez les écarts, pas de bousculade et tout ira bien.

Et tout se passait effectivement pour le mieux.

Joël Egloff, J’enquête, 2016

élans

 

Parfois une dégaine amie dans le métro – quand je rate le bus du matin je prends le métro, comme c’est intéressant. À quoi ça tient ? Peut être soigné ou négligé, l’ami. Jamais le même. Pas un lecteur pas un écouteur. Pensif, c’est sûr. Quelque chose émane de sa personne négligée ou soignée.

Ne sort jamais en même temps que moi. Me précède d’une ou deux stations. M’abandonne, quoi. Moi, je ne ferais jamais ça.

Adieu, l’ami.